12.04.2018 /
Nigeria
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Nigéria: Triste anniversaire - 100 filles de Chibok toujours en captivité

Il y a exactement quatre ans, 276 lycéennes ont été enlevées par le groupe islamiste Boko Haram au Nigeria. A l’heure actuelle, plus de 100 de ces "filles de Chibok" sont toujours retenues par leurs ravisseurs, alors que la situation pour les chrétiens du nord et du centre du pays se précarise, sous l‘influence de la montée de l’islamisme.

 

Romanel-s/Lsne, le 12 avril 2018 - Dans la nuit du 15 avril 2014, Boko Haram a enlevé 276 écolières lors de raids contre les bâtiments du lycée publique de Chibok, dans l’Etat de Borno, au Nigeria. Cette attaque a déclenché une vague d’indignation mondiale, récoltant jusqu’au soutien de la première dame Michelle Obama, auteure du tweet «#BringBackOurGirls».
Au cours des mois suivants, 57 des 219 filles restées en captivité se sont échappées. Une lycéenne, libérée en mai 2016, a déclaré qu’elle avait été témoin du décès de six de ses codétenues. En octobre 2016, 21 filles ont été libérées, puis une en novembre 2017 et 82 en mai 2017. Une autre a été secourue en janvier 2018.

Plus de 100 filles actuellement captives
Les témoignages des filles libérées font tous mention de conditions de détention très dures et de la présence d’enfants nés dans ce contexte de violences sexuelles et de mariages forcés. Converties de force à l'islam, plus de 100 filles sont toujours en captivité quatre ans après l'enlèvement.
La fille de Yakubu Nkeki Maina, le porte-parole des parents des lycéennes, est de nouveau libre. Son père explique: "Notre douleur persiste. Bien que certains d'entre nous retrouvent leurs filles, nous ne pouvons pas célébrer leur retour chez nos amis parce que leurs filles sont toujours portées disparues. "

Visite à Dapchi
Ce printemps, les parents de Chibok se sont rendus à 300 kilomètres de chez eux, à Dapchi, dans l’Etat de Yobe. Un raid semblable à celui qui a atteint leurs filles y a eu lieu en février dernier. Cette fois-ci, Boko Haram a kidnappé 115 filles, dont 5 sont mortes durant la capture. Les parents de Chibok voulaient porter secours à ces pères et ces mères affectés et les aider moralement.

A Dapchi, les familles des disparues ont vu leur désir de revoir leurs filles se réaliser le 21 mars lorsque 109 d’entre elles, toutes musulmanes au moment de l’enlèvement, ont été libérées. Seule la chrétienne Leah Sharibu est toujours en captivité.

Le danger des islamistes grandit
Outre l’activité de Boko Haram, la présence croissante d’islamistes au sein des éleveurs Peuls, peuple nomade nombreux au Nigéria, constitue une nouvelle menace pour les chrétiens du nord et du centre du pays. Sous prétexte de chercher des pâturages, ils attaquent sans relâche les villages chrétiens. Les frappes, menées au fusil d’assaut et autres armes de précision, ont fait déjà plusieurs centaines de victimes. L’introduction de la charia va de pair avec leurs conquêtes.

Au cours des 18 derniers mois, plus de 50 villages où vivent des chrétiens ont été attaqués. Des milliers d’entre eux en ont été déportés. Il s’agit souvent de familles vivant au même endroit depuis des générations.

La faction islamiste apparue parmi les Peuls, nourrie par les enseignements d’Imams radicaux venus d’Arabie Saoudite et d’Iran, justifie l'acquisition de terres par le djihad et se rallie à l’appel d’« Allah Akbar » lors ses attaques. 57 meurtres ont été recensé durant le seul mois de mars dernier.

Amnesty dénonce les attaques aériennes
Le gouvernement du président nigérian Muhammadu Buhari (lui-même à demi Peul) a été accusé par les évêques locaux « d’être incapable ou volontairement inactif pour protéger son peuple de ces terroristes déguisés en bergers ».  Les observateurs internationaux estiment qu’à l’heure actuelle, les Peuls sont responsables de plus de décès que Boko Haram. Ces milices de «bergers» détiennent souvent des armes plus sophistiquées que les soldats qui ont été dépêchés pour sécuriser certaines zones et se voient forcés de battre en retraite.
Selon un rapport d’Amnesty International, un chasseur bombardier léger nigérian de type Alpha-Jet et un hélicoptère (EC135) ont tiré des roquettes sur des villages au sein desquels des éleveurs Peuls se livraient à des attaques sur les habitants chrétiens. L'armée de l'air nigériane confirme les faits, précisant qu’elle avait reçu l'ordre de n’effectuer que des tirs d’avertissement pour empêcher l’escalade de la violence.

35 morts par "tirs d’avertissement"
Osai Ojigho, directeur d'Amnesty International Nigeria, s’insurge: «Lancer des frappes aériennes n'est pas un outil légitime d'application de la loi pour qui que ce soit. Une telle utilisation imprudente de la force meurtrière est illégale, scandaleuse et révèle le mépris choquant de l'armée nigériane pour la vie de ceux qu’elle prétend protéger ».  

Amnesty International a interrogé des témoins dans les cinq villages touchés par les frappes aériennes du 4 décembre dernier, soit Lawaru, Dong, Kodomti, Shafaron et Nzuruwei, dans la région d'Adamaoua, au nord-est du Nigeria et recensé les noms des 86 personnes qui ont été tuées ce jour-là. 51 d’entre elles présentaient des blessures par balle ou à la machette; les 35 restantes ont été considéré par "Amnesty" comme des victimes des attaques aériennes.

«La guerre a été déclarée», dixit le prix Nobel Wole Soyinka
Dawson K. Tufano, un juge à la retraite de Dong, l’un des cinq villages bombardés, a accusé les autorités d’un accord secret avec les islamistes: « Ces tirs étaient une tentative calculée de nous détruire. Sinon, pourquoi les forces aériennes auraient-elles concentré leurs tirs sur notre peuple, sans inquiéter les assaillants bien armés qui nous faisaient face, deux fois plus nombreux que notre population ? »
« Les bergers Peuls ont déclaré la guerre à notre nation », assure le Prix Nobel nigérian de littérature Wole Soyinka. Il appelle le président Buhari à faire cesser leurs violences sans délai.

Le Nigeria est classé au 14ème rang dans l'index de persécution mondial 2018 édicté par l’association Portes Ouvertes. https://www.portesouvertes.ch/index/NG