12.05.2021 /
Nigeria
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Nigeria: Leah Sharibu, 18 ans et toujours en captivité

Le 14 mai, Leah Sharibu fêtera son 18e anniversaire. Elle avait été enlevée, il y a plus de trois ans, par un groupe de l'organisation islamique radicale Boko Haram et maintenue en captivité suite à son refus de renier la foi chrétienne. Dans le pays, les chrétiens du nord risquent constamment d'être attaqués par Boko Haram ou par des bergers peuls islamistes. Les femmes et les jeunes filles en particulier sont souvent enlevées, maltraitées et retenues comme esclaves.

Le 18e anniversaire d'une jeune fille devrait être un jour de joie. Au seuil de l'âge adulte. Leah Sharibu n'a toutefois guère de raison de faire la fête, car son enfance a pris fin brutalement le 19 février 2018, lorsqu'elle a été enlevée dans son école, à Dapchi, dans l'État de Yobe, avec 109 autres filles, pour la plupart musulmanes, par des militants de l'ISWAP, une faction de Boko Haram. Alors que toutes les survivantes ont été libérées un mois plus tard, seule Leah, alors âgée de 14 ans et refusant d'abandonner sa foi chrétienne pour se convertir à l'islam, est restée en captivité.

Une incertitude persistante

Depuis lors, les nouvelles sont rares; après avoir initialement menacé d'exécuter Leah, Boko Haram a annoncé qu'elle deviendrait leur esclave. Lors d'une visite aux États-Unis en avril de l'année de l'enlèvement, le président Buhari a promis d'œuvrer pour sa libération, mais depuis lors, ses efforts ont été peu visibles. Les informations sur sa localisation et son état de santé arrivent par bribes et sa famille vit dans l'incertitude, bien qu'elle n'ait pas abandonné l'espoir de revoir Leah.

L'enlèvement et le mariage forcé comme tactique ciblée

L'enlèvement ciblé de femmes et de filles est une tactique délibérée utilisée par Boko Haram, en particulier dans les États dominés par la charia, pour intimider, déplacer et décimer la population chrétienne. Des femmes et des jeunes filles chrétiennes sont enlevées, mariées de force et converties de force à l'islam. Elles en sont réduites à vivre en esclaves, maltraitées, détenues ou déplacées à volonté, parfois contraintes de commettre des attentats-suicides. 

Attaques ciblées contre des communautés villageoises 

Les parents qui cherchent à libérer leurs enfants se heurtent souvent à la résistance et à l'inaction des communautés villageoises, de la police et des tribunaux, car ce type de mariage est autorisé par la loi islamique. Les victimes d'enlèvements et de viols qui sont libérées subissent souvent le rejet de leur communauté. De même, les enfants nés de ces abus sont également rejettés, car ils concentrent sur eux la culpabilité et la honte.
 
La tactique consciente des oppresseurs parvient ainsi à détruire plusieurs sphères sociales, du noyau familial à l'harmonie locale. Laissant derrière eux des victimes gravement traumatisées, incapable d'accéder ensuite à une source de revenus et des moyens de subsistances stables.

Les femmes particulièrement exposées

«Les gens vivent sous une menace constante, les femmes sont particulièrement vulnérables. Elles deviennent la cible d'enlèvements ou se retrouvent seules, sans revenus et gravement traumatisées lorsque leur mari est tué. Les gens perdent leurs moyens de subsistance, leurs perspectives et leur sécurité». Le pasteur Suliman* (prénom d'emprunt, pour des raisons de sécurité), décrit la situation désespérée des chrétiens dans le nord du Nigeria. «Dans chaque conflit, il y a des objectifs économiques. Bien qu'ils jouent aussi un rôle dans le nord du Nigeria, la principale motivation des attaques est d'ordre religieux. Ces groupes combattent au nom du djihad, ils ont clairement pour objectif que les chrétiens se soumettent aux règles de l'islam. C'est-à-dire qu'ils deviennent musulmans. C'est la seule condition pour qu'ils s'arrêtent», dit Suliman, rejetant les tentatives de faire croire que ces attaques ne sont l'expression que de simples conflits ethniques ou économiques: des bergers et agriculteurs en quête de pâturages et de terres arables. Il travaille depuis 20 ans dans le nord du Nigeria dans le cadre de projets d'aide d'urgence et de développement, ainsi que dans le domaine du conseil en traumatologie, accompagnant les victimes d'agressions et d'enlèvements.

Droit à vivre en paix

«Nous n'avons pas oublié Leah!» souligne Philippe Fonjallaz, directeur de Portes Ouvertes Suisse. «Nous devons également montrer à ses parents que le monde n'a pas abandonné leur fille. Il appartient à notre gouvernement en Suisse et aux autres pays occidentaux d'influencer le gouvernement nigérian, afin d'exiger la libération immédiate de Leah Sharibu et d'utiliser tous les moyens disponibles pour atteindre cet objectif et assurer sa sécurité. Leah et les nombreuses autres jeunes filles et femmes qui sont enlevées, détenues et maltraitées en raison de leur foi ont besoin de notre solidarité et de notre soutien. Le droit de choisir et de pratiquer sa foi en toute liberté est indivisible; le droit des filles et des femmes à vivre dans la dignité et à l'abri de la peur et des menaces est quelque chose que nous devons tous exiger et défendre.» 

Doublement vulnérables

Portes Ouvertes, dans son rapport annuel sur la persécution fondée sur le genre, souligne la double vulnérabilité des femmes et des filles chrétiennes. Elles sont vulnérables en raison de leur statut inférieur et de leur dépendance, généralement ancrés dans la société; lorsqu'elles sont chrétiennes, elles sont également victimes d'attaques ciblées contre la minorité religieuse.
 
Selon l'Index mondial de persécution 2021, le Nigeria se classe au 9e rang des pays où les chrétiens sont le plus persécutés pour leur foi.