03.12.2021 /
Turquie
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Turquie: Les chrétiens ne sont pas les bienvenus au pays de Saint-Nicolas

Le 6 décembre, on célèbre sous nos latitudes la Saint-Nicolas. Dans son pays d'origine, l'actuelle Turquie, les chrétiens ne sont actuellement plus les bienvenus. Le pays se situe au 25e rang de l'index mondial de persécution.  

Romanel-s-Lsne, le 3 décembre 2021 - Le 6 décembre, on fête la Saint-Nicolas, en référence à Nicolas de Myre, prêtre né à Patare en Lycie (actuelle Turquie) ayant distribué aux pauvres la fortune dont il avait hérité. Lors de la persécution des chrétiens en 310, il a lui-même été capturé et torturé.  

Aujourd'hui, les minorités chrétiennes de Turquie sont à nouveau soumises à une forte pression. Sur l'index mondial de persécution, le pays s’est hissé du 36e au 25e rang l’an dernier. La Turquie est en train d’évoluer d'un pays laïc à un pays de plus en plus basé sur des normes et des valeurs islamiques. La Turquie est considérée comme le pays qui compte le plus grand nombre de journalistes en prison. La tendance croissante est au retour du nationalisme religieux qui exerce une pression croissante sur les chrétiens.  

Détention au lieu d'un permis de séjour  

Témoin de cette récente évolution, le pasteur Andrew Brunson a récemment donné des conférences sur son expérience en Turquie à l'invitation de Portes Ouvertes Suisse. Considéré comme un «otage diplomatique», il a été détenu pendant deux ans dans les geôles de Recep Tayyip Erdogan.   

Le 7 octobre 2016, Andrew Brunson, pasteur de l'Église de la Résurrection à Izmir, a été arrêté avec sa femme Norine par les autorités turques alors qu'il se rendait au guichet d’une administration locale pour obtenir un permis de séjour permanent. Le couple vivait dans le pays depuis 23 ans.  

Andrew Brunson a ensuite passé plus de deux ans dans les prisons turques, puis en résidence surveillée. 735 jours pour être précis.  

Des conditions de détention difficiles  

«En Turquie, quand on veut briser quelqu'un, on le met à l'isolement et on le prive de sommeil. Dans mon cas, la privation de sommeil venait de mon propre corps, car toutes mes angoisses généraient de l'adrénaline et du stress, ce qui entraînait à son tour un manque de sommeil. Je dormais peut-être trois heures par jour», se souvient Andrew Brunson.  

 «Après 50 jours, j'ai été transféré dans une prison de haute sécurité. Je suis passé d'un isolement strict à une cellule construite pour huit personnes, dans laquelle s'entassaient vingt prisonniers, parfois vingt-deux. Cela se passait sans jamais quitter la cellule, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7».  

«Le pasteur Rambo»  

Les médias turcs ont surnommé Andrew Brunson le «pasteur Rambo», «parce qu'un homme armé avait attaqué notre église et m'avait tiré dessus. J'avais réussi à passer mon bras autour de son cou et à l'empêcher de poursuivre sa route jusqu'à l'arrivée de la police».  

Après un certain temps derrière les barreaux, les médias ont ressorti l'affaire, affirmant qu'il n'avait pu arrêter l'agresseur que parce qu'il avait reçu une formation spéciale et était donc un agent de la CIA. «Les médias m'ont également donné de nombreux autres surnoms : 'agent pastoral', 'espion pastoral', 'pasteur de la terreur'... Ils savaient qu'aucune de ces affirmations n'était vraie.  

En fait, je pense que la raison de mon arrestation était avant tout d'intimider d'autres chrétiens: des chrétiens turcs ainsi que des pasteurs d'origine étrangère, afin qu'ils quittent le pays par leursde leur propres moyensinitiative».  

Peu à peu, son incarcération a également été utilisée à des fins politiques. Ainsi, au fil du temps, on a prétendu qu'il soutenait le groupe de Fethullah Gülen, qu'il était proche du mouvement kurde PKK, qu'il était un espion et qu'il avait participé à fomenter le coup d'État de 2016. 

Devenu un otage politique  

«Tout ce qu'ils ont dit sur moi visait à augmenter la colère et la haine envers les chrétiens, en particulier les chrétiens d'origine turque», résume Andrew Brunson. Au début, Brunson était inconnu, mais son histoire s'est répandue dans le monde entier et il est devenu un «otage politique». Finalement, les juges ont annulé la peine (il était question de prison à vie ainsi que de 35 ans supplémentaires), il a été libéré sur la base de la peine déjà purgée et de sa bonne conduite.  

Andrew Brunson n'est pas amer, il se réjouit que de nombreuses personnes aient prié pour la Turquie, notamment pendant sa détention.