23.12.2021 / news

TERRE SAINTE: « Si toutes les familles ­chrétiennes s’en vont, qui restera ? »

Élias, 36 ans, est né à Beit Sahour. Ce nom ne vous dit peut-être rien. Mais c’est là qu’il y a 20 siècles, des bergers veillaient sur leurs troupeaux dans les champs, quand soudain un ange leur est apparu, disant : « Je vous annonce une bonne nouvelle qui sera le sujet d’une grande joie. » Aujourd’hui, dans cette ville proche de Bethléem, il y a une rue du Champ des bergers, un hôpital du Champ des bergers, et bien sûr une église située, dit la tradition, sur l’emplacement du champ des bergers.

Autour de Beit Sahour, il y a toujours des champs, mais aujourd’hui, c’est surtout une zone habitée, avec des maisons blanches ou de couleur sable.

Quand Élias est né, près de 90% des habitants de la ville étaient chrétiens, comme ses parents. Il ne savait même pas que la plupart des Palestiniens étaient musulmans. « J’ai grandi dans une ville chrétienne. J’allais à l’église, je fréquentais une école chrétienne, j’avais des amis chrétiens. »

Aujourd’hui, beaucoup de chrétiens quittent la région. « Ils craignent pour leur avenir ici, étant donné la situation économique et politique, l’occupation. » Et les confinements dus au Covid n’ont rien arrangé. Aujourd’hui, il reste à peine 1% de chrétiens dans les territoires palestiniens.

Retourner pour servir sa communauté

Elias est allé à contre-courant. Après des études en Allemagne, couronnées par un master, il est allé en Jordanie, où il a travaillé et rencontré Dana. Après leur mariage et la naissance de deux enfants, ils ont décidé de revenir à leurs racines et de vivre à nouveau près de ces champs chargés d’histoire.


Graffiti en Cisjordanie

Beaucoup des amis d’Élias vivent maintenant aux États-Unis. « Ils m’ont dit que j’étais bête de revenir. Au début, j’ai été sans travail pendant six mois. Parfois, je me disais que j’avais fait la plus grosse erreur de ma vie. Mais qu’arriverait-il si tous les chrétiens quittaient le pays ? Dans vingt ans, il ne resterait plus de chrétiens dans le lieu même où Jésus est né ! Je sais que la situation est difficile et je comprends les familles qui partent, mais je suis né ici et je dois rester et essayer d’aider ma famille et ma communauté.

Jésus venait d’ici. Si nous partions, il ne resterait sans doute que des bâtiments, et je ne pense pas que l’Église se résume à des bâtiments. C’est nous, les gens, qui sommes l’Église. Si nous partons tous, il n’y aura plus d’Église. Sans les personnes et sans l’Église, comment témoigner de notre foi aux autres ? »

« La vraie foi leur viendra quand ils la découvriront eux-mêmes »

Élias et Dana appartiennent à l’Église catholique ­melkite, qui compte environ 1200 croyants. Enfant, il accompagnait ses parents à la messe tous les dimanches. Aujourd’hui, il est membre du conseil de paroisse.

Les croyants du Proche-Orient comptent souvent beaucoup sur l’Église pour l’éducation chrétienne de leurs enfants.

« Nous essayons d’instruire Shakeeb (8 ans), Adam (6 ans) et Qais (4 ans) sur notre foi chrétienne et de leur expliquer pourquoi nous sommes chrétiens, d’une manière qu’ils puissent comprendre. Nous les envoyons aussi à l’école du dimanche.

Je pense que mon devoir de père est de leur montrer la voie et de les faire participer à l’église. Mais il faut qu’ils explorent leur foi eux-mêmes. C’est un cadeau de Dieu qu’ils soient nés chrétiens, mais la vraie foi leur viendra quand ils la découvriront eux-mêmes. »

« C’est le meilleur endroit pour nos enfants »


Élias contemple ce que la tradition
considère comme le « champ des bergers ».

Les enfants d’Élias fréquentent maintenant la même école chrétienne que lui autrefois. Les musulmans sont aujourd’hui plus nombreux que de son temps. Ses enfants voient les musulmans jeûner pendant le ramadan et ils posent beaucoup de questions. Il dit : « L’éducation des enfants est un grand défi de nos jours, surtout pour les chrétiens. Je m’inquiète pour leur avenir, car la situation n’est pas facile. Mais ma femme et moi sommes du même avis : c’est ici notre place en tant que chrétiens, donc c’est aussi le meilleur endroit pour nos enfants. »

Élias nourrit de grands rêves pour l’Église dans son pays. « Je rêve qu’elle devienne une Église unie. Nous devrions être avant tout des chrétiens : non pas catholiques ou orthodoxes, mais des chrétiens qui mettent Jésus au centre. »

Merci de rejoindre Élias, Dana et les autres chrétiens des territoires palestiniens dans la prière, afin que l’Évangile continue d’être annoncé avec joie là où tout a commencé. « Priez pour que les chrétiens restent forts et ­approfondissent leur foi. Priez pour que les chrétiens restent ! »

Tiré du magazine de janvier 2022