01.04.2020 /
Sri Lanka
/ news

SRI LANKA: Accompagner ceux qui souffrent – tant qu’il le faudra

Le dimanche de Pâques 2019, une terrible tragédie a frappé les chrétiens du Sri Lanka. Des terroristes islamiques ont fait sauter des bombes dans trois églises et trois hôtels. 259 personnes sont mortes. Le lendemain, Sunil*, un collaborateur de Portes Ouvertes, s’est rendu à Batticaloa, où il a trouvé une ville plongée dans le deuil. Aujourd’hui, un an plus tard, il jette un regard en arrière mais aussi vers l’avenir.

Batticaloa, située sur la côte est du Sri Lanka, est à première vue une ville asiatique typique, paisible. Mais elle a une histoire tragique. Batticaloa a connu beaucoup de violence pendant la guerre civile, qui a duré jusqu’en 2009. Le 9 septembre 1990, l’armée sri-lankaise a assassiné au moins 184 réfugiés de la minorité tamoule dans la région – c’est ce qu’on appelle le massacre de Batticaloa.
Quatorze ans plus tard, Batticaloa a été gravement touchée par le tsunami du 26 décembre, quand des vagues de six mètres de haut ont balayé la ville, détruisant des magasins, des maisons et des écoles, tuant des centaines de personnes et déplaçant même des mines antipersonnel datant de la guerre civile.

Soutenir les personnes touchées
Quand Sunil a appris l’ampleur des attentats commis contre deux églises catholiques à Colombo et contre l’église protestante de Sion à Batticaloa, le dimanche de Pâques 2019, il a su qu’il était de son devoir de se tenir aux côtés de ses frères et sœurs dans la souffrance. Aujourd’hui, après avoir accompagné l’église de Batticaloa pendant près d’un an, il se souvient: «Les crises précédentes nous ont montré que dans les premiers jours et les premières semaines, les victimes reçoivent toute l’attention et l’aide dont elles ont besoin, mais qu’au bout d’un mois, les visites commencent à s’espacer, et peu à peu les victimes sont à nouveau laissées à elles-mêmes.»

Et il poursuit: «Notre message, c’est: ‹Nous sommes là et nous restons là.› Au nom de Portes Ouvertes, je me suis rendu à Batticaloa à plusieurs reprises pour aider nos frères et sœurs frappés par cette tragédie.»

Visites aux personnes en deuil
Sunil est arrivé à Batticaloa avec un ami et la fille de celui-ci le lendemain de l’attentat. Ils ont laissé leur voiture à quelques minutes du lieu du drame. Sunil s’est approché de l’église, dont les abords avaient été bouclés par l’armée. Pour la dixième fois ce jour-là, il a dû montrer ses papiers à un soldat. Mais cette fois-ci, on ne l’a pas laissé passer.

Après quelques coups de téléphone à leurs contacts locaux, ils ont rendu visite à des personnes qui s’apprêtaient à enterrer des proches. Ils sont d’abord allés chez Jackson. Jackson avait 13 ans, il était capitaine d’une équipe locale de basketball, et suivait avec enthousiasme l’école du dimanche à l’église de Sion. Il était mort dans l’attentat. Même de l’extérieur, Sunil pouvait entendre les lamentations de la famille. «Oh Jackson! Pourquoi a-t-il fallu que tu t’en ailles?» Au Sri Lanka, le deuil n’est pas silencieux.

Sunil et ceux qui l’accompagnaient ont exprimé leur sympathie à la famille. Jackson et sa tante, une monitrice d’école du dimanche nommée Verlini, étaient allongés côte à côte dans deux cercueils scellés. Les photos posées dessus montraient chacune un beau visage souriant. C’étaient des personnes aimées, qui comptaient.

Verlini, 36 ans, dirigeait le culte des enfants. La célébration allait bientôt commencer et la plupart des enfants étaient encore à l’extérieur. Pendant ce temps, celui qui allait commettre l’attentat suicide discutait avec quelques croyants. Il a fait exploser sa bombe mortelle près de l’entrée, près des enfants, tuant Verlini, son neveu Jackson et des dizaines d’autres personnes.

«Tous pleuraient»
Puis les trois visiteurs se sont rendus chez Peter. Peter n’avait que 7 ans lorsqu’il est mort dans l’explosion. Sunil et son équipe ont écouté la famille de Peter parler de lui, de sa vie et de sa mort. «Tout le monde pleurait, et nous aussi», dit Sunil. «Nous ne leur avons pas donné de conseils. Nous leur avons tenu la main, nous les avons serrés dans nos bras et nous avons prié pour eux avec les quelques mots que nous avons pu trouver.»

Ensuite, ils ont rendu visite à un pasteur adjoint qui devait d’abord enterrer son propre fils avant de pouvoir diriger le service funèbre pour les autres croyants. «Ce soir-là, j’ai demandé au Seigneur toute la force qu’il pouvait me donner. Je n’y serais simplement pas arrivé tout seul», dit Sunil.

Pas de solutions rapides
Sunil a pris contact avec les responsables de l’Église de Sion. Il s’est informé de leurs besoins immédiats. Mais dans le chaos de cette première semaine, personne ne pouvait vraiment répondre. Les besoins les plus élémentaires, comme les soins médicaux d’urgence pour les blessés, étaient couverts par le gouvernement.

Cependant, Sunil savait que la communauté aurait besoin de soutien encore longtemps après la fin de la première semaine et le départ des caméras. Ce qu’il fallait, ce n’étaient pas des solutions rapides: c’étaient des personnes qui soutiennent les croyants aussi longtemps que nécessaire. Et c’est ce que Portes Ouvertes et Sunil ont décidé de faire.

De petits cadeaux témoignent d’un grand amour
Dans les mois qui ont suivi l’attentat, Sunil a organisé une campagne d’encouragement pour les familles qui avaient perdu des proches. Il a pu leur distribuer des dizaines de paquets – remplis de bricolages, de biscuits, de bijoux, mais aussi de cartes, de lettres et de dessins d’encouragement venus de chrétiens du monde entier, ainsi que de matériel didactique sur la persécution. La douleur et le chagrin ne pouvaient pas être effacés, mais Sunil a vu apparaître un sourire sur le visage des croyants.

«Vous êtes venus me consoler et vous avez prié pour moi. Je ne l’oublierai jamais. Merci. Nous pleurons, mais la présence de Dieu essuie nos larmes.»
Une mère qui a perdu son fils de 12 ans

Ces petits cadeaux étaient pour les croyants le témoignage d’un grand amour: ils étaient la preuve que le Corps de Christ ne les avait pas oubliés. Grâce au soutien des donateurs de Portes Ouvertes, Sunil a également pu apporter aux chrétiens une aide pratique. Certains ont reçu une contribution à leurs frais médicaux.

Quelques familles ont reçu une nouvelle moto, la leur ayant été détruite par l’explosion. La moto est le moyen de transport le plus courant au Sri Lanka, il est très difficile de s’en passer. Sunil a également pu aider quelques familles qui avaient perdu leur moyen de subsistance.

«Nous continuerons à les soutenir»
On dit que la lumière brille le plus là où l’obscurité est la plus grande. C’est certainement le cas au Sri Lanka après les attentats qui ont fait tant de morts et de blessés: «Nous avons vu la famille de Christ se regrouper pour faire le deuil, pour réconforter, pour soutenir. Aucun chrétien persécuté ne doit se sentir seul. Nous les soutiendrons aussi longtemps qu’il le faudra.»

Sunil n’est pas au bout de son travail. Il continue sa collaboration avec l’Église de Sion et les deux églises catholiques. Il prévoit d’offrir une aide pastorale aux chrétiens touchés. Il sait combien c’est important: sa propre mère a été internée dans un hôpital psychiatrique après la mort de son autre fils. Elle n’arrivait pas à faire face à son traumatisme.

«Les tragédies de ma propre vie m’ont rendu plus fort», dit Sunil. «Après les attentats, je n’ai jamais douté de l’amour de Dieu. Je n’ai jamais demandé: ‹Dieu, pourquoi est-ce arrivé?› J’avais posé cette question mille fois après que mon frère avait été assassiné pour ses opinions politiques et mon meilleur ami à cause de sa foi. Dieu ne m’a jamais révélé son plan. Mais il m’a montré son amour. Même si j’ai de grandes questions, aujourd’hui, et qu’il n’y répond pas, je sais qu’un jour tout sera clair pour nous. En attendant, nous devons avoir la foi.»

«Je ne suis pas un héros, mais j’ai confiance en Dieu»
Est-ce pour cette raison que Sunil continue à servir Dieu et ne craint pas de se rendre même dans des zones dangereuses dont d’autres veulent partir? «Je ne suis pas un héros, mais j’ai confiance en Dieu. Je n’ai pas peur de la mort. L’important, c’est ma relation à Jésus. J’aime Jésus et j’aime mon pays. Lorsque je me rends dans un endroit dangereux, je dis à mes proches: ‹S’il m’arrive quelque chose, ce ne sera pas une perte. Christ est ma vie et la mort m’est un gain.» /

* Nom d'emprunt

Tiré du magazine d'avril 2020