12.04.2022 /
Nigeria
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Nigeria: 4650 chrétiens sont morts en raison de la violence religieuse

Les pasteurs et les communautés chrétiennes du nord du Nigeria sont régulièrement victimes d'attaques islamistes. Le nombre de chrétiens tués en raison de la violence religieuse a atteint un pic l’an dernier, dans ce pays le plus peuplé d'Afrique.

Romanel-s/Lsne, le 13 avril 2022 - Mussa Adamo est un pasteur du Nord du Nigeria. Il assiste les personnes traumatisées par les attaques de villages. «Pour les chrétiens, la vie est difficile». Les islamistes de Boko Haram ou les franges fondamentalistes de l’ethnie fulani attaquent régulièrement des villages entiers. Mussa Adamo explique : «Ils peuvent frapper à tout moment». Ils essaient de déterminer si une personne est chrétienne ou musulmane. «En tant que chrétien, on est confronté à de gros problèmes».

Le pays le plus meurtrier envers les chrétiens

Ces dernières années, le Nigeria est devenu le pays le plus meurtrier pour les chrétiens. L'année dernière, 80% des chrétiens tués dans le monde en raison de leur foi sont morts au Nigeria. Sur l'Index mondial de persécution 2022, le Nigeria occupe le 7e rang, un classement que ce pays n’avait encore jamais atteint. L’an dernier, 4650 chrétiens ont été tués uniquement en raison de leur foi (contre 3530 l'année précédente). Par ailleurs, 2510 chrétiens ont été enlevés ou ont disparu (contre 990 l'année précédente).

De plus, 470 églises ont été fermées et/ou détruites (contre 270 l'année précédente) et plus de 1000 habitations privées ont été détruites. De même, plus de 1000 magasins appartenant à des chrétiens ont été démolis.

 Un «agenda»

«Il est difficile d'acheter un terrain pour y construire une église. En revanche, les mosquées obtiennent rapidement un permis», explique Mussa Adamo. De même, travailler pour le gouvernement s’avère ardu, si l’on est chrétien.

Mussa Adamo parle d'un agenda. «Année après année, celui-ci est mis en avant. Boko Haram a détruit de nombreuses églises. L'une d'entre elles, par exemple, qui avait été reconstruite, a été démolie une nouvelle fois. Souvent, l'argent manque ou les gens ont peur. Les forces de sécurité ne sont également plus en mesure de protéger les chrétiens. Et en cas d'aide d'urgence, les chrétiens sont ignorés».

Toute une région dans la tourmente

La situation délicate du Nord du Nigeria s'inscrit dans un contexte plus large. Les pays d'Afrique subsaharienne jouissaient d'une relative stabilité. «Ils étaient des destinations qui avaient accueilli de grands événements internationaux comme le Rallye Dakar, qui traversait le désert du Sahara pour rejoindre Dakar, la capitale du Sénégal», résume Illia Djadi, spécialiste de l’Afrique subsaharienne chez Portes Ouvertes «Ce n'est plus possible, car la situation sécuritaire dans cette région s'est dramatiquement détériorée au cours des dix dernières années».

La flambée de l'islamisme radical a notamment entraîné une détérioration de la situation au Burkina Faso. Ce pays d'Afrique de l'Ouest a une longue culture de tolérance. Indépendamment de son origine religieuse et ethnique, sa population y vivait en paix. Jusqu'à ce que la minorité chrétienne devienne la cible de groupes extrémistes islamistes en 2019. 

Deux millions de personnes en fuite

Tout comme au Burkina Faso, le Nord du Nigéria est le théâtre d’un immense mouvement d'exode : «Plus de deux millions de personnes sont en fuite dans le Nord-est du Nigeria», explique Illia Djadi. Des enlèvements et des meurtres contre les chrétiens se produisent régulièrement, sans que l'opinion publique occidentale n'en soit informée.

Des écoles et des internats chrétiens ont été attaqués à plusieurs reprises. Par exemple, le 5 juillet 2021, un internat a été attaqué à Maramara dans l'État de Kaduna et 140 élèves ont été enlevés. Par étapes, les élèves ont été libérés dans les semaines qui ont suivi. A ce jour, un seul d’entre eux est encore captif. «Et nous nous souviendrons peut-être de l'enlèvement des élèves de Chibok en 2014, lorsque 276 jeunes filles avaient été enlevées. Une centaine d'entre elles sont toujours portées disparues».

«Nous constatons une montée de l'extrémisme religieux en Afrique subsaharienne. Les discours enflammés et les enseignements radicaux suscitent l'hostilité envers les minorités religieuses comme les chrétiens. Les insurrections islamistes et les groupes armés liés à Al-Qaïda ou à l'État islamique sont très répandus dans toute l'Afrique subsaharienne», analyse Illia Djadi. Cela concerne notamment des pays comme le Mali, le Niger, le Burkina Faso ou la République centrafricaine. Et Boko Haram provoque des attaques au Cameroun, au Tchad et au Niger, en plus du Nigeria. «Nous constatons également que cette insurrection islamiste s'étend en Afrique de l'Est. Le groupe Al-Shabab, par exemple, se déploie à partir de la Somalie vers le Kenya et dans des régions du centre du continent. A l'est de la République démocratique du Congo, un groupe islamiste lié à l'État islamique opère et tue des gens».

«Une réalité choquante»

Philippe Fonjallaz, directeur de Portes Ouvertes Suisse, relève la réalité choquante à laquelle les chrétiens sont confrontés dans ces régions. «C'est devenu une chose quotidienne à laquelle les chrétiens du Nigeria et de la région du Sahel sont confrontés. Ils sont confrontés à la mort, à la persécution, à la famine et à des milliers de filles et de femmes qui sont enlevées et violées».

Pour beaucoup d'entre elles, se rendre à l'église ou au marché revient à s’exposer dangereusement. «Il n'y a aucune garantie qu'elles reviennent. Beaucoup sont parties et ne sont jamais revenues. C'est la réalité». C'est pourquoi Portes Ouvertes demande aux autorités Suisses de porter un regard lucide sur cette réalité et de s’engager concrètement. «Les autorités et les juges doivent aider les chrétiens à faire valoir leurs droits et garantir leur protection. La Suisse, dans sa tradition humanitaire, ne peut et ne doit pas rester silencieuse à ce sujet».