29.04.2021 /
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IRAN: Un miracle qui a laissé bien des cicatrices

Saghar a pris place dans l’avion : son foulard desserré sur la tête, les mains tapotant ses genoux. En ce moment, son nom est répété en boucle sur les haut-parleurs de l’aéroport. Saghar se tourne vers le hublot pour jeter un dernier coup d’œil à sa patrie. Mais la peur la paralyse. Si elle se fait arrêter, elle risque de finir dans une des tristement célèbres ­prisons iraniennes.

Saghar a grandi dans une famille musulmane. Sa première rencontre avec le Christ s’est faite au travers d’un rêve, si intense qu’il paraissait réel. « Suis-moi », lui a dit Jésus. Cet appel simple mais puissant a changé sa vie pour toujours. En Iran, quitter l’islam pour le christianisme est une décision dangereuse. Mais à mesure que son amour pour le Christ grandissait, son courage a augmenté.

Saghar a commencé à rencontrer d’autres chrétiens. C’était toujours risqué, mais la communauté a été la base de leur croissance spirituelle. Ils se sont raconté leur vie – et ils sont devenus une famille. Finalement, Saghar a même accepté le rôle le plus dangereux : celui de pasteure.

La descente de police

Puis l’inévitable est arrivé. Par effraction, mais discrètement, des policiers se sont introduits dans l’appartement où le groupe se réunissait. Ils ont forcé la porte avec un pied-de-biche, mais sont restés silencieux pour ne pas attirer l’attention des voisins.

Avant que quiconque ne comprenne ce qui se passait, les femmes ont été poussées dans une pièce, les hommes dans une autre. ­Apeurés, les croyants tournaient le regard vers leur ­responsable.

Il faut des nerfs solides pour être chrétien en Iran. Les églises de maison sont régulièrement prises d’assaut par la police et des dizaines de chrétiens se retrouvent en prison chaque année. Lors des interrogatoires, les agents de sécurité mentent habilement, incitant les gens à révéler les noms d’autres chrétiens et s’efforçant de détruire l’Église de l’intérieur. La descente au domicile de Saghar ne s’est pas passée différemment.

Se préparer au pire

De plus en plus de chrétiens iraniens apprennent, lors de réunions spécifiques, comment faire face au mieux, aux plans pratique et émotionnel, à de telles interventions policières. Quelques mois avant le raid sur son église, ­Saghar avait participé à une de ces réunions.

La théorie devenait soudain réalité. On a appelé Saghar dans le salon pour l’interroger. La pièce était remplie d’hommes costauds. Elle avait très peur mais a essayé de se rassurer. Elle avait une communauté à préserver.

« Je peux aller aux toilettes ? »

Encore tremblante de peur, la pasteure se souvient de la réunion de préparation à la persécution. Il faut qu’elle communique à quelqu’un de l’extérieur ce qui se passe – pour que l’on prie, pour qu’on l’aide. « Je peux aller aux toilettes ? », demande-t-elle à l’agent le plus sympathique.

Dans les toilettes, Saghar prend un selfie avec son téléphone (photo ci-dessous) et l’envoie au monde extérieur : « S’il vous plaît, priez pour nous, notre église est prise d’assaut ! »
Pendant qu’elle commence à effacer les preuves sur son téléphone, une femme policier tente d’ouvrir de force la porte des toilettes. Mais ­Saghar a appris que les agents n’ont pas le droit d’entrer. Elle informe fermement la policière de ses droits. À contre-cœur, cette dernière se retire.

La préparation qui l’a sauvée

Ce qu’elle a appris lors du séminaire de préparation continue à lui être utile. Quand les agents veulent l’arrêter, elle demande le mandat d’arrêt, ce qui lui évite d’être mise en prison tout de suite. Et lorsqu’ils lui disent qu’ils ont intercepté son passeport – qui se trouvait en cours d’envoi pour des raisons administratives – elle ne les croit pas. Le lendemain, elle le récupère au bureau de poste.

Trois jours plus tard, Saghar est à l’aéroport. Ce serait un miracle qu’elle puisse quitter le pays : le mandat d’arrêt doit être prêt maintenant. Son cœur bat plus vite lorsqu’elle voit qui est assis dans la salle d’embarquement : un des agents de la police secrète qui sont intervenus chez elle il y a quelques jours.

Le moment le plus difficile de sa vie

Et elle se trouve là, seule, sans aucun autre chrétien pour la soutenir. À ce moment, elle comprend que seul Dieu peut l’aider. Ses uniques compagnons sont les passages de la Bible dont elle se souvient. Le verset « Quand tu passeras par le feu, tu ne seras pas brûlé » (Ésaïe 43 :2) tourne dans sa tête.

Comme Pierre sortant du bateau pour marcher sur l’eau à l’appel de Jésus, Saghar s’avance pour monter dans l’avion. Et tandis qu’elle sent les yeux de l’agent dans son dos, un miracle se produit : on l’autorise à monter à bord. Elle n’apprendra que plus tard qu’au moment même où elle montait dans l’avion, son nom était appelé dans l’aéroport. La sécurité venait de recevoir le mandat d’arrêt.

Mais il était trop tard. L’avion a décollé – Saghar était hors de danger.

Quatre ans plus tard

« Je ne serais pas ici aujourd’hui si je ne m’étais pas préparée », nous dit Saghar. « Cette réunion avec les autres croyants m’a appris à gérer mes émotions et à connaître mes droits. Et que parfois les policiers mentent pour créer la ­désunion. »
Pour des raisons de sécurité, nous ne pouvons pas en dire plus sur l’ancienne église de maison de Saghar. Mais nous pouvons affirmer que le groupe est resté uni dans cette épreuve. Les croyants n’ont pas cru les mensonges des agents quand ils leur ont dit qu’ils n’avaient pas le droit de continuer à se réunir, ou que Saghar les avait trahis. « La première chose que veulent les services de sécurité est d’affaiblir notre unité », explique l’ancienne pasteure. « Mais rester ensemble, c’est ce qui nous aide vraiment dans ces moments.»

Les cicatrices restent

Saghar souligne que son évasion miraculeuse ne signifie pas que l’incident n’ait pas laissé de traces. Pendant toute l’année qui a suivi, elle a fait le même cauchemar chaque nuit, revivant la descente de police. Et ce n’est qu’une des nombreuses cicatrices qui lui restent.

Aujourd’hui, Saghar se porte à nouveau raisonnablement bien. Parfois, elle est encore hantée par des souvenirs. Mais elle sait que cela aurait été bien pire si elle était allée en prison.

Comment pouvons-nous apporter de l’aide ? « Priez », dit Saghar, en nous rappelant que la prière était suffisamment importante à ses yeux pour qu’elle lance un appel à la prière au moment de la descente de police.

Tiré du mag de mai 2021