21.08.2018 /
Inde
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Inde: la situation 10 ans après les massacres d’Orissa

Il y a tout juste 10 ans, les chrétiens de l’Etat indien d’Orissa subissaient le pire pogrom de leur histoire, avec près de 300 églises détruites, 100 morts et 18’000 blessés. En 2018, la situation des minorités en Inde reste très préoccupante, alors que le but avoué du gouvernement est de faire basculer le pays d’un Etat laïc à un pays où l'hindouisme serait la religion d'État.

 

Romanel-s-Lsne, le 21 août 2018. 100 chrétiens ont été tués suite au meurtre du leader hindou Swami Laxmanananda Saraswati à Kandhamal, qui a eu lieu le 23 août 2008. Malgré la revendication de l’attentat par les maoïstes, les fondamentalistes hindous s’en sont pris aux chrétiens locaux, en détruisant leurs propriétés et, sous la torture, en les forçant à renier leur foi.

Lors des émeutes qui ont suivi et se sont répandues dans tout l’Etat d’Orissa, 6 000 habitations de chrétiens et 300 églises ont été pillées puis incendiées. Au total, 18’000 chrétiens ont été blessé et plus de 56’000 ont été déplacés. Les humiliations à leur encontre se sont multipliées: des centaines de chrétiens ont été rasés, contraints de boire de l’eau contenant des excréments, obligés de se convertir à l’hindouisme, et soumis au rite de purification de l’Hindutva.

 

Dans les années qui ont suivi le drame, les pressions subies par les témoins des massacres ainsi que le parti pris de la police a rendu le travail de la justice indienne très difficile, faisant dire à certains observateurs internationaux qu’ils assistaient à une parodie de justice. « Les plaintes ne sont pas acceptées, les criminels ne sont pas traduits en justice et, quand ils le sont, ils ne se retrouvent condamnés que très rarement, alors que des innocents sont accusés injustement », constatait Dibakar Parichha, avocat et porte-parole de l’archidiocèse catholique de Cuttack-Bubhaneswar. En octobre 2013 effectivement, le tribunal du district de Phulbani, dans l’État d’Orissa, a condamné huit personnes, dont sept chrétiens protestants, à l’emprisonnement à vie pour l’assassinat du leader hindou Swami Laxmanananda Saraswati.

 

Aujourd’hui, dans la province de Khandamal, les proches des victimes d’Orissa ont finalement reçu une indemnisation de l’Etat indien et la plupart des églises ont été reconstruites. Mais de nombreux chrétiens n’osent pas retourner dans leurs villages, par crainte des fondamentalistes hindous toujours virulents.

Car en parallèle de son développement économique fulgurant de la dernière décennie, le niveau d’intolérance religieuse a fortement augmenté en Inde. Traditionnellement considéré comme pacifique, l’hindouisme, religion largement majoritaire (avec 72% des 1.3 milliards d’habitants) a pris un caractère beaucoup plus violent, une tendance qui s’est encore accélérée depuis mai 2014 et l’accession du Premier ministre Narendra Modi au pouvoir. Car avec lui, c’est le parti Hindu Bharatiya Janata (BJP) qui gouverne, et depuis lors, partout dans le pays, le niveau d'impunité pour les extrémistes hindous qui commettent des atrocités contre les minorités religieuses et ethniques a encore augmenté.

Rôle controversé du premier ministre

La semaine dernière (15.8.18), le premier ministre indien Narendra Modi a condamné officiellement pour la première fois les violences perpétrées contre les minorités dans son pays, affirmant que : « tout le monde a le devoir de combattre la menace des lynchages de foule. Nul ne peut, en aucune circonstance, se faire justice seul en commettant des actes de violence ». Mais ses détracteurs disent qu'après quatre ans au pouvoir à la tête d'un gouvernement nationaliste hindou, cette prise de position arrive trop tard.

En effet, depuis que le BJP de Modi est au pouvoir, le nombre d'actes de violence contre les chrétiens, les musulmans et les Dalits tribaux (membres de la caste la plus basse de l'Inde) ont dramatiquement augmenté.

Culture croissante de l’impunité

«Les nationalistes hindous prennent pour cible les minorités. Rien qu’en 2017, le nombre d’atrocités perpétré contre les chrétiens a augmenté de 20% », déclare Tehmina Arora, avocate et directrice du groupe de défense des droits humains ADF India. Sur le statut des minorités chrétiennes, elle ajoute: « Lorsqu’ils se rendent au poste de police, elle coopère à peine et refuse souvent d’enregistrer la plainte. Il y a une culture croissante de l'impunité en Inde. Nous n'avons pu déposer que 25 plaintes pénales, contre plus de 240 incidents signalés dans l'année ».

Attaques ciblées des chrétiens

Le mois dernier, dans le Madhya Pradesh central, un pasteur et son fils ont été hospitalisés après avoir été attaqués par un groupe de 30 radicaux hindous alors qu'ils rentraient chez eux après une réunion de prière, selon International Christian Concern. Lorsque le pasteur a essayé de porter plainte auprès de la police, l'officier responsable lui a dit qu'il l'enverrait en prison « pour avoir parlé de Jésus publiquement », ajoutant: « Ne savez-vous pas que le BJP est au ouvoir ? ».

La loi anti-conversion en cause

« Je ne pouvais pas discuter davantage avec le policier, car il partageait le même avis que mes agresseurs. Nous n'avions personne pour nous défendre », a déclaré le pasteur Ramesh Vasunia, après un autre incident, survenu en octobre 2017, dans le village de Jaida, également situé dans l’Etat du Madhya Pradesh, qui a finalement mené à une peine de prison de six mois du pasteur Vasunia pour « conversion forcée ».

Le Madhya Pradesh est l'un des sept états indiens appliquant une « loi anti-conversion ». Bien qu'ostensiblement destinées à prévenir les conversions « forcées », ces lois sont en réalité souvent utilisées pour empêcher toutes les conversions - que ce soit par la force ou par le libre choix - et en particulier les conversions à des religions minoritaires comme le christianisme.

Au 11 rang de l’Index Mondial de Persécution

L’Organisation Portes Ouvertes, qui recense les faits de persécution religieuse à l’égard des chrétiens dans plus de 60 pays dans lesquels la liberté religieuse n’est pas respectée, observe avec inquiétude l’augmentation de la pression et des violences à leur égard en Inde. En effet, selon l’index de persécution publié chaque année par l'organisation, l’Inde est passée du 28e rang en 2014 au 11e rang en fin d’année dernière.

Dans l’espace-presse dédié, retrouvez plusieurs news concernant la situation des chrétiens en Inde : https://www.portesouvertes.ch/presse