16.06.2022 / news

Une Eglise en fuite composée d’un nombre croissant de réfugiés

L’expatriation des chrétiens de leurs maisons et de leurs communautés est une stratégie délibérée de persécution religieuse visant à éradiquer la présence du christianisme dans les régions où la persécution est la plus forte. C'est ce qui ressort d'un nouveau rapport de l'organisation humanitaire Portes Ouvertes, qui s'engage contre la persécution des chrétiens.  

Romanel-s-Lsne, le 16 juin 2022 - En prévision de la Journée mondiale des réfugiés du 20 juin 2022, Portes Ouvertes publie les résultats de son rapport «The Church on the Run: IDP & Refugee Report 2022» (L’église en fuite: rapport 2022 sur les déplacés internes et les réfugiés). Les derniers chiffres font mention de 100 millions de personnes déplacées dans le monde en 2022. Le rapport se penche sur l'ampleur et la nature de la persécution religieuse des personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays (IDP) et des personnes qui se réfugient à l'étranger.  

Helene Fisher, spécialiste de Portes Ouvertes en matière de persécution liée au genre, déclare : «Pour avoir une image complète de la persécution religieuse, nous devons prendre en considération la situation de l'Eglise dans chaque pays ainsi que celle de l'Eglise des personnes déplacées».  

Des changements dramatiques  

Souvent, les chrétiens déplacés à l'intérieur de leur propre pays et les réfugiés ne se débarrassent pas de la persécution une fois qu’ils ont fui leurs maisons et leurs communautés, mais ils continuent à devoir faire face à de hostilité, à l'insécurité physique et à la violence psychologique. En Afrique subsaharienne, par exemple, les chrétiens déplacés à l'intérieur de leur propre pays peuvent être confrontés à l'ostracisme. Pour eux, la protection et l'accueil par la société constituent un problème majeur. Ils sont souvent rejetés parce qu'ils n'adhèrent pas à la religion islamique majoritaire.  

Des facteurs tels que l'âge, le sexe, la confession et l'appartenance ethnique peuvent marquer les expériences des chrétiens déplacés et influencer l'intensité de la persécution.   

Les effets à long terme des expulsions peuvent changer dramatiquement le visage d'un pays sur plusieurs générations. Par exemple, plus d'un million de chrétiens vivaient en Irak avant l'arrivée de Saddam Hussein au pouvoir. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 166’000. Le nombre de chrétiens établis en Irak s’est étiolé durant son règne, mais la persécution s’est également soudainement propagée dans la région après 2003, et la pression s'est intensifiée en 2014 avec l’arrivée de l'Etat Islamique en Irak et en Syrie. 

Objectif: la division  

«Une partie de cette stratégie délibérée consiste à diviser les communautés religieuses. L'exil n'est pas seulement un sous-produit de la persécution, mais dans de nombreux cas une partie consciente d'une stratégie plus large visant à banir le christianisme de la communauté ou du pays».  

La cause la plus fréquente de l'expatriation des chrétiens est le fait des membres de la famille qui considèrent les convertis comme des apostats et des traîtres. Ils sont suivis par des représentants du gouvernement, des communautés villageoises et des groupes religieux violents. Les membres de la famille sont capables de leur refuser l’accès à des services nécessaires à leur survie, comme la nourriture ou le logement, de menacer ou de blesser l'intégrité physique et d’exercer des pressions sur les convertis au christianisme; dans certains cas, la menace de mort nécessite une fuite rapide.  

Pression même après la persécution  

Philippe Fonjallaz, directeur de Portes Ouvertes Suisse: «La Suisse, avec sa précieuse et longue tradition humanitaire, pourrait se positionner de manière à s'engager en faveur de la liberté de croyance et des minorités religieuses. Nous demandons au gouvernement du pays d'aborder clairement ce sujet lors de ses contacts internationaux».  

Eva Brown, analyste principale pour la persécution religieuse à Portes Ouvertes ajoute: «La persécution sévère ne cesse pas toujours lorsque l'individu fuit. Les chrétiens contraints à l’exil peuvent être persécutés à tout moment, même s'ils s'installent dans un pays où ils se sentent en sécurité». Les migrants et réfugiés chrétiens qui échouent en Libye sont particulièrement exposés au risque d'être maltraités par des groupes armés qui visent à imposer leur interprétation de la loi islamique. Des personnes originaires du Nigeria, d'Érythrée, d'Éthiopie et d'Égypte ont été enlevées, torturées et tuées en raison de leur religion.  

Dans certains cas, malgré des initiatives bien intentionnées, les gouvernements et les organisations internationales sont complices de l'aggravation de la discrimination envers les chrétiens déplacés, poursuit Eva Brown. «C'est pourquoi il est essentiel de prendre conscience de cette vulnérabilité à multiples facettes afin de répondre au mieux aux besoins des déplacés internes et des réfugiés marginalisés».  

 

Pour consulter le rapport complet (en anglais): https://www.opendoors.org/therefugeereport