04.02.2022 /
Corée du Nord
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Corée du Nord: «Nous ne vivons pas de pain seulement»

La Corée du Nord reste le second pays le plus hostile aux chrétiens, selon l’Index mondial de persécution 2022. Pourtant, il compte 400'000 croyants qui, comme Bae*, vivent leur foi en secret. 

«Chaque fois que j'ouvre les yeux le matin, je ressens la présence de notre Père.» C’est ainsi que Bae* commence chaque nouvelle journée, dans la cabane qui lui sert de maison, quelque part dans les montagnes de Corée du Nord. Autour d’elle, les autres membres de sa famille se préparent déjà à une autre journée dans les champs.

Bae récupère ses rations alimentaires vers six heures du matin et se rend dans les champs. Le gouvernement fournit de la nourriture aux gens comme elle, mais juste assez pour qu'ils puissent rester en vie et travailler. Elle sait que son petit-déjeuner ne suffira pas à calmer la faim qui lui tenaille le ventre.

Comme tous les autres habitants de son village, Bae est affamée. Elle n'a pas assez faim pour mourir – du moins, pas encore.  Bae peut faire une petite pause, elle se dirige vers les bois. Les champignons et les plantes qu'elle ramasse dans la forêt aident à calmer les grognements de son ventre, mais ce supplément de nourriture n'est jamais acquis. Enfin, au crépuscule, elle termine sa journée. Elle prend un autre repas – une soupe aqueuse et, si elle a de la chance, du riz – et retourne chez elle. 

La vie secrète de Bae

Et puis Bae se met à son vrai travail. Elle attend que la lune passe derrière les nuages, puis enfile silencieusement sa cape. Elle se glisse par la porte d'entrée, en prenant soin de la fermer discrètement pour que les voisins n'entendent rien. 

Elle traverse prudemment le village et se dirige vers la forêt. Cette fois, elle ne cherche pas de la nourriture. Elle trouve l'arbre aux racines noueuses et gratte une fine couche de terre. Elle sort le sac en plastique, le cache sous sa cape et retourne à sa cabane aussi silencieusement qu'elle est partie.

Ses colocataires l'attendent – ils ont déjà recouvert les fenêtres de couvertures et allumé une petite bougie. Du sac qu'elle a déterré, Bae sort un livre. Elle l'ouvre et lit, d'une voix qui est à peine plus qu’un murmure: «L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.» Ainsi commence une nouvelle veillée dans une église secrète nord-coréenne.

Condamnée à une vie de privations

Bae n'a pas toujours vécu dans ce village. Elle y habite depuis qu'elle et son mari ont été surpris avec une bible. Dès que les autorités nord-coréennes ont réalisé que le couple était chrétien, leur vie telle qu'ils la connaissaient a pris fin. La foi en Jésus peut être une condamnation à mort en Corée du Nord. Portes Ouvertes estime qu'il y a environ 400’000 chrétiens en Corée du Nord – et ce sont tous des chrétiens secrets. S'ils sont pris, ils ont peu de chances de s’en sortir vivants. 

Bae et son mari ont survécu, mais ont été condamnés à une vie de privations et de travail. Ils ont été classés au plus bas échelon lorsqu'il s'agit d'aide gouvernementale, ou d’opportunité professionnelle. Le couple a été emmené dans un village reculé, assignés à des travaux agricoles éreintants, jusqu'à leur mort.

Un village agricole pour prison

Bien que le fait d'être placé dans un village rural puisse sembler une peine légère, ce n'est pas le cas ─ la région ressemble plus à une prison qu'à une ferme. Les gens comme Bae sont surveillés et les routes qui entrent et sortent de ces villages sont contrôlées. Tenter de s’en échapper est très dangereux, et la vie quotidienne se limite à la petite zone entourant les villages.

Séjour en Chine

Bae a pu s'échapper une fois. Elle a passé la frontière chinoise, où elle a pu entrer en contact avec une maison de refuge gérée par des partenaires de Portes Ouvertes. Là-bas, elle a rencontré d'autres chrétiens – une douce expérience de fraternité, impossible en Corée du Nord.

Les responsables du refuge lui ont donné de la nourriture, des médicaments et une nouvelle bible. On lui a offert la possibilité de rester sur place, de vivre une vie plus libre en dehors du contrôle strict de son pays, mais elle a refusé et est rentrée chez elle et a partagé ce qu’elle avait reçu avec son groupe de croyants. Ces dons vont soutenir la foi de ces chrétiens pendant des années.