16.04.2021 /
Chine
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Chine: Les jours de l’église de Yining sont comptés

Construite en 2000, une église catholique située dans la région autonome du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine, va être démolie après que les autorités ont ordonné à la congrégation, le 19 février dernier, de quitter le bâtiment.

Les membres de l'Église du Sacré-Cœur, approuvée par l'État et située à Yining, à 700 km à l'ouest d'Urumqi, la capitale du Xinjiang, n'ont pas été informés des raisons de la destruction de leur bâtiment. Des sources locales, interviewées par AsiaNews, ont toutefois suggéré les deux raisons suivantes: les plans du gouvernement de transformer ce terrain bien placé en zone commerciale et le fait que le bâtiment affichait des signes religieux trop ostentatoires. 

L'Église a reçu un avertissement en 2018 lorsque des fonctionnaires du Bureau des affaires religieuses ont ordonné le retrait d'un certain nombre d'artefacts à l'extérieur du bâtiment, notamment des reliefs, deux statues de saint Pierre et saint Paul, une croix, deux dômes et les clochers, «parce qu'ils étaient ‹trop voyants», rapporte AsiaNews

Selon le site d'information, au moins quatre autres églises catholiques ont été détruites ces dernières années, officiellement pour des raisons de réaffectation du terrain. Comme dans le cas de l'Église du Sacré-Cœur, chacune d'entre elles disposait d'un permis, mais les bâtiments ont tout de même été démolis, et ce sans compensation. 

Depuis que Xi Jinping est au pouvoir, la vie est devenue beaucoup plus difficile pour les minorités religieuses du Xinjiang. Le gouvernement y applique ce qu’il nomme une politique de «rééducation» de la population ouïghoure, majoritairement musulmane, dans le cadre d'une campagne de lutte contre le terrorisme.

16'000 mosquées détruites au nom de la «sinisation»

Des militants des droits de l'homme et des gouvernements internationaux ont encore récemment accusé la Chine de violations des droits de l'homme à l'encontre des Ouïghours et d'autres minorités du Xinjiang.  Selon AsiaNews, on estime que 16’000 mosquées ont été détruites au nom de la «sinisation» au cours des dernières années. 

La démolition de bâtiments d'église et de locaux d'autres religions, notamment l'islam, n'est pas rare au Xinjiang ainsi que dans d'autres régions de Chine, a déclaré à Portes Ouvertes une source locale souhaitant rester anonyme pour des raisons de sécurité. «Les structures trop visibles, en particulier celles qui présentent de beaux motifs et sont construites dans un style architectural étranger, sont ciblées, car le gouvernement chinois les considère comme des symboles religieux», a-t-il déclaré. «Une église située dans un quartier animé ou sur un grand boulevard, où elle attire l'attention, risque davantage d'être démolie.»

Les choses ne sont pas près de changer, a-t-il ajouté. «Les hauts dirigeants de Pékin font tout pour démoraliser les communautés religieuses de la plupart des religions, notamment en coupant les liens entre les groupes religieux locaux avec leur congrégation à l’étranger.»