14.10.2022 /
Burkina Faso
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Burkina Faso: Un coup d’État qui fragilise les chrétiens

Ibrahim Traoré, chef militaire de 34 ans, a accédé au pouvoir suite au coup d’État du début du mois. L’ancien président Paul-Henri Damiba, accusé de ne pas être capable d’assurer la sécurité de la population face aux violences djihadistes, a été contraint de démissionner. À Ouagadougou, la capitale, nos équipes vivent dans le trouble. 

Dimanche 2 octobre dernier, le président Paul-Henri Damiba a démissionné pour éviter de nouvelles violences au Burkina Faso. Il est accusé de ne pas avoir changé de stratégie malgré plusieurs échecs militaires face aux attaques des extrémistes islamiques.

Dans une région du Sahel meurtrie depuis dix ans par la violence djihadiste, la récente attaque de Gaskindé, dans le nord du pays, est un nouveau symbole de l'impuissance des États à contrôler leurs campagnes reculées et sécuriser leurs populations.

Un convoi de ravitaillement y a été attaqué, faisant 37 morts. Cinq jours plus tard, le 30 septembre, un putsch militaire, le cinquième en deux ans dans la région, a balayé le pouvoir en place à Ouagadougou.

Beaucoup craignent que M. Traoré ne suive l'exemple du Mali voisin, qui s'est tourné vers le groupe PMC Wagner, une société militaire privée russe fournissant des mercenaires, pour atteindre ses objectifs de sécurité. 

Des jours troublés pour les chrétiens

Amora*, un membre de notre équipe à Ouagadougou en ce moment a déclaré : «Une partie de la ville est toujours bloquée par les militaires. Il y a quelques mouvements civils cependant, avec beaucoup de prudence. Il y a encore de la confusion et de l'incertitude. On peut voir quelques soldats dans les rues.»

40% du territoire hors de contrôle de l’État

Le Burkina Faso a souffert de la violence croissante des djihadistes depuis 2016. Elle s'est déversée dans le pays depuis le Mali. Le nord du pays, en particulier, en souffre intensément. Le gouvernement aurait perdu le contrôle de plus de 40% du territoire. «Les attaques se sont multipliées depuis le début de l'année, malgré le vœu de la junte de faire de la sécurité sa priorité absolue, et le mois de septembre a été particulièrement sanglant», rapporte France 24.

Dans ce contexte, la vie est devenue extrêmement dangereuse pour les chrétiens, car ils sont souvent la cible préférée des terroristes. En raison de la détérioration rapide de la situation de l'Église, le Burkina Faso occupe la 32e position de l’Index mondial de persécution.

Les chrétiens, vecteurs de paix

Au moins 100 chrétiens ont été tués en raison de leur foi au Burkina l’an dernier. Récemment, un pasteur a été enlevé dans son église. Les extrémistes islamiques lui ont fait subir des interrogatoires, en essayant de lui faire renier sa foi. Le pasteur a refusé. Ses ravisseurs l'ont alors laissé partir à condition que, dans son église, les hommes et les femmes soient séparés et qu'il n'y ait plus de musique pendant les services. Face à la flambée de violence, les chrétiens doivent faire des choix entre accepter les conditions des extrémistes, fuir ou vivre leur foi dans la clandestinité. 

Mais au milieu de l’insécurité, ils prient. Un pasteur burkinabé qui nous a écrit suite au coup d’État nous encourageait à le faire avec lui, et à rester fermement attachés à Jésus, sur la base du texte de Jean 15.5: «Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire.»