01.03.2020 /
Malaisie
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Aceh – «Le parvis de La Mecque»

Aceh, dans le nord de Sumatra, était autrefois un sultanat musulman et les valeurs religieuses y sont profondément enracinées. Les Achinais sont fiers de leur histoire et de leur culture, qui priment toujours sur l’identité nationale. La province dispose d’une autonomie spéciale et est la seule en Indonésie à avoir reçu la compétence d’appliquer officiellement la charia.

Déclenché par un séisme au large d’Aceh, le tsunami de 2004 a été l’une des plus graves catastrophes naturelles de tous les temps. Il a fait plus de 220'000 morts, dont 130'000 dans la seule province d’Aceh. Les destructions y ont été immenses. L’aide aux sinistrés qui a suivi a ouvert au monde la province la plus ­religieuse d’Indonésie.

Punition divine
Aceh est même devenue encore plus religieuse depuis le tsunami, où beaucoup de gens ont vu le châtiment d’Allah pour leur immoralité. Le «parvis de la Mecque» – ainsi nommé parce que l’extrémité de Sumatra forme comme un doigt pointé vers l’Arabie Saoudite – a toujours été plus conservateur que les autres régions d’Indonésie.

Le tsunami a également mis fin au combat du Mouvement pour l’Aceh libre (GAM), qui luttait depuis les années 1970 pour l’autonomie de la province. La charia a été offerte en «cadeau» aux meneurs conservateurs du GAM par le gouvernement indonésien afin d’apaiser l’insurrection armée. Après avoir signé l’accord de paix avec Jakarta en 2005, le GAM a accepté l’instauration de la charia et a ensuite rejoint le gouvernement régional en tant que parti politique.

Les châtiments publics sont fréquents
Aujourd’hui, le droit pénal de la charia est pleinement appliqué. Les femmes ont le droit de conduire une voiture et il n’y a pas de mosquées séparées, mais le code vestimentaire féminin et la moralité en général sont régis par la charia. C’est un crime pour un homme et une femme non mariés de se trouver ensemble dans un endroit à l’écart. L’abandon de l’islam (apostasie) est punissable. La charia s’applique aussi aux non-musulmans, quoique seulement pour les «crimes» qui ne figurent pas dans le droit pénal national, comme les délits «moraux» tels l’adultère ou l’homosexualité. Les contrevenants sont punis de la flagellation publique, d’amendes et de peines de prison. /

Tiré du magazine de mars 2020