07.11.2019 / news

30 ans de la chute du mur de Berlin: Quelle évolution pour les chrétiens de l’ex-bloc soviétique ?

Le 9 novembre 1989, le monde a changé. Le mur de Berlin, symbole le plus visible de la division entre l'Est et l'Ouest, a été démantelé alors que le peuple affirmait son aspiration à la liberté. L’ONG Portes Ouvertes, née autour de la tension existant pour les chrétiens à l’Est du mur, analyse cette tranche d’histoire de ce point de vue.

Romanel-s/Lsne, le 7 novembre 2019 - Le mur de Berlin est apparu le 13 août 1961. Le fondateur de Portes Ouvertes, frère André, a été l'un des premiers à passer par Checkpoint Charlie. Il se souvient très bien de l'impact du Mur : « Le flux de réfugiés issu du régime communiste a été stoppé du jour au lendemain. Il n'y avait pas d'issue, personne ne pouvait s'échapper. Il en a résulté une vague de suicides, qui a atteint même des pasteurs. Ils avaient perdu espoir. »

L’Est a mis en place un régime fondé sur un contrôle rigide. L'église était isolée et menacée. Un collègue de frère André, Johan Companjen, se souvient: « A l'époque, les communistes ne toléraient pas du tout les chrétiens. Ces derniers se sentaient totalement abandonnés. Un pasteur hongrois nous a rapporté que: « personne ne sait où je suis, pas même ma famille. Merci d'être venu. Puis il pleurait et pleurait. La police avait fermé son église et l'avait assigné à résidence ». »

L'origine même de l’ONG Portes Ouvertes vient de la détermination de Frère André à jouer son rôle dans le renforcement de l’église persécutée à l’Est du Mur. Dès 1961, il commença un flot de visites, emmenant des bibles à travers les points de contrôle, priant que les gardes soient rendus aveugles à ses manoeuvres. Au final, des centaines de milliers de bibles ont été distribuées.

1989 : Nouvelle vie pour les chrétiens de l’Est

Matthias Scheiter était chrétien en Allemagne de l'Est. Il se souvient des événements marquants de 1989 : « En Allemagne de l'Est, en tant que chrétiens, nous étions sous pression. Ceux qui n'étaient pas membres de l'organisation nationale des enfants et des jeunes n'étaient souvent pas autorisés à obtenir leur diplôme d'études secondaires et ne pouvaient donc pas aller au collège ou à l'université. Sans être membre du parti, il était difficile d'obtenir un emploi qualifié. Nous savions que des agents des forces de sécurité de l'État (STASI) assistaient aux offices religieux.

Le jeudi 9 novembre 1989 était un jour de travail normal pour moi. Aux informations du soir, j'ai entendu dire que les déplacements des citoyens de la RDA devaient être facilités, avec effet immédiat. Je me suis demandé : « Est-ce un nouveau stratagème du gouvernement, destiné à apaiser la population ? » Jamais je n'aurais imaginé que cette simple annonce déclencherait une telle dynamique qui, à la fin, ferait tomber le Mur. Mes premières réactions ont été les larmes et la joie. Ma première pensée a été qu'enfin cette époque avec toutes ses difficultés allait s'achever ! En même temps, j'espérais pouvoir m'épanouir plus librement en tant qu'individu et en tant que chrétien - sans la peur constante d'être observé. C'était un miracle. Pendant longtemps, un grand nombre de chrétiens ont prié sans relâche. Je pense que cela explique pourquoi cette révolution s'est déroulée pacifiquement et sans effusion de sang.

Notre environnement a radicalement changé après la chute du Mur. L'effondrement de l'économie a entraîné un taux de chômage élevé. De nombreux sans emplois ont été contraints de migrer vers l'Ouest. » Les chrétiens aussi, et les congrégations se sont vues amputées de nombreux membres. Mais malgré les nouveaux défis, les chrétiens étaient  reconnaissants de pouvoir eux aussi goûter à la liberté. « La pression de l'extérieur a renforcé l’unité des chrétiens. Encore aujourd’hui, nous vivons notre foi de manière plus consciente et sommes sensibles à aider nos frères et sœurs persécutés. »

Quel bilan tirer de la chute du Mur ?

La liberté n'a pas résolu tous les problèmes de l'Église. L’ouverture des frontières a permis à des influences nouvelles de s’infiltrer à l’Est, comme les sectes religieuses, la littérature pornographique, les trafiquants de drogue ou la mafia.

Des chrétiens restés à l’Est ont même paradoxalement pu observer une diminution de l’intérêt pour la pratique de la foi pendant la période qui a suivi la chute du communisme. En cause : la prospérité.

Frère André a appuyé ces constats: « La pression extérieure avait poussé les chrétiens à se serrer les coudes ; la liberté entraîne maintenant un manque de cohésion. Dans un sens, ils sont devenus comme l'église occidentale. Comment pourrions-nous condamner leur échec alors que nous avons échoué nous-mêmes ? » En tête de la liste des problèmes à résoudre, celui de la posture adoptée par les uns et les autres durant la période communiste. Comment ceux qui avaient résisté s'entendaient-ils avec ceux qui avaient fait des compromis ?

Depuis 30 ans : nouvel espoir, nouvelles restrictions

Aujourd’hui, les pressions sur les chrétiens continuent d’exister dans de nombreux États d'Asie centrale qui faisaient autrefois partie de l'Union soviétique. La présence de comités religieux, l'influence des services de sécurité, l'accent mis sur l'enregistrement des églises et l'introduction d'une législation religieuse restrictive sont autant de moyens de pression aux mains des différents gouvernements.

Cela est dû en partie au développement de l'islam militant dans nombre de ces États. Après la chute du communisme, les musulmans des pays riches en pétrole ont utilisé les richesses de cette industrie pour rouvrir des mosquées et former de nouveaux mollahs en Asie centrale ; l'Arabie saoudite a donné un million de corans à l'Asie centrale soviétique. Malgré de fortes restrictions religieuses, le militantisme islamique est en hausse dans tous les États d'Asie centrale ; ISIS a recruté certains de ses combattants dans cette région. Au Tadjikistan, les groupes islamiques se répandent en raison de la pauvreté et de l'influence de l'Iran sur la société tadjike.

Mais l'église s'est aussi développée. En 1989, il y avait moins de 1000 chrétiens parmi les populations musulmanes traditionnelles d'Asie centrale;  il n'y avait pratiquement pas de chrétiens turkmènes, ouzbeks ou tadjiks. Depuis lors, grâce à l’accès à la Bible et à de la littérature chrétienne, l'église indigène a pris vie dans ces pays, qui comptent aujourd’hui des centaines de chrétiens autochtones.