28.11.2019 /
Iran
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«Je t’en supplie, ne me quitte plus jamais»

Rachel* (photo, avec sa fille) restait blottie, tremblante, dans le dernier recoin de sa maison, tandis qu’on frappait à sa porte à grands coups. Ce à quoi elle s’attendait le moins se produisait ce jour-là: la police secrète était venue l’arrêter. Elle regardait sa fille de neuf ans qui se serrait contre elle effrayée.

C’était le prix à payer pour son rôle de responsable dans l’église clandestine iranienne.

Rachel s’est convertie il y a une dizaine d’années. Alors qu’elle éprouvait un profond sentiment de vide, elle a découvert Jésus et a été remplie de son amour. À l’époque, elle ne pensait même pas à la persécution. Sa sœur l’avait emmenée à son église de maison; puis la nuit même, Jésus lui est apparu en songe. Elle a continué à fréquenter l’église de maison et son mari a aussi trouvé la foi.

Sans cesse, de nouveaux croyants rejoignaient la communauté, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus la place de se réunir toute ensemble. C’est ainsi qu’après seulement deux ans, Rachel et son mari sont devenus des responsables. Cela représentait plus de risques que pour les autres croyants, mais Rachel ne s’en inquiétait pas. Les choses se sont bien passées étonnamment longtemps.

Kimya* est née et a grandi dans une communauté disposant d’une école du dimanche – ce qui est loin d’être courant en Iran! Et les enfants savaient qu’ils ne devaient pas parler de l’église à d’autres personnes.

Arrestation
Ce jour-là, Rachel a fait croire aux policiers qu’elle n’était pas là. Mais ils l’ont arrêtée un autre jour, pendant que son mari accompagnait Kimya à l’école.

«Ils m’ont mise à l’isolement. Toute seule, j’ai commencé à pleurer. Je pensais à ma fille et à ce qui allait lui arriver.» Sa voix s’affaiblit et ses yeux se remplissent de larmes. Avait-elle préparé sa fille à cela? «Absolument pas», dit-elle.

Angoissée et seule, Rachel s’est mise à douter de ses choix, à douter de Dieu. Pourquoi ne l’avait-il pas protégée, ni protégé sa fille? «Les trois ou quatre premiers jours, je n’ai pas parlé à Dieu. Il m’avait trop déçue.»

La présence de Dieu
En prison, des policiers l’ont interrogée et insultée. Elle n’avait le droit de téléphoner à personne. En deux semaines, elle a perdu 13 kilos.

Puis, soudain, elle ne s’est plus sentie seule. Quand elle a enfin pu dormir un peu, Dieu lui a donné ce verset: «La lumière était dans le monde, et le monde a été fait par elle, mais le monde ne l’a pas reconnue» (Jean 1:10). Ç’a été un tournant pour Rachel. «Les premiers jours, j’avais peur. Mais après ce rêve, j’ai recommencé à prier et j’ai senti la présence de Dieu.»

Cependant, elle restait très inquiète pour sa fille. «Parfois, je repense à ces jours-là et je me demande comment j’ai pu tenir le coup. J’ai pu faire face à ma peur pour ma fille parce que j’ai prié pour elle tous les jours dans ma prison.»

Retrouvailles
Après deux longues semaines, Rachel a enfin pu appeler sa fille. «Quand j’ai entendu sa voix, j’ai pleuré. Ma fille était malade et je me sentais si mal.»

Finalement, au bout d’un mois, Rachel a été libérée sous caution. Il n’y a pas de mots pour décrire son bonheur à pouvoir enfin serrer à nouveau sa fille dans ses bras. «Elle ne voulait plus me lâcher et m’a dit: ‹Maman, je t’en supplie, ne me quitte plus jamais.›» Rachel savait que tôt ou tard, elle finirait à nouveau en prison si elle restait en Iran, et que la prochaine fois ils risquaient d’emmener aussi son mari.

La famille n’avait plus qu’une solution: fuir l’Iran.

Une foi forte – malgré tout

C’est ainsi que nous sommes allés voir Rachel, son mari et Kimya dans un autre pays, où ils ont bien de la peine à joindre les deux bouts. La famille est marquée par ce qu’elle a vécu, mais elle a grandi dans sa foi.

Kimya a développé malgré tout une foi forte. Elle est timide, mais ne craint pas d’interpréter pour nous un chant à la guitare (photo). «C’est mon préféré», dit-elle. «Quand je le chante, je me sens proche de Dieu.»

Ses mains glissent sur les cordes tandis qu’elle chante doucement pour le ­Seigneur:

«Je mets sur tes épaules mes soucis, mes peurs, mes fardeaux,
Je dépose à tes pieds mes espoirs, mes projets,
Séparé de ce monde, je te donne ma vie.» /

* Noms d’emprunt

Tiré du magazine de décembre 2019