09.10.2020 /
Inde
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Inde: une nouvelle loi augmente la pression sur les chrétiens

Le parlement indien a récemment amendé une loi qui limite considérablement la marge de manœuvre des ONG financées par des fonds étrangers, sur son territoire. L’adoption de lois anti-conversion dans de nouveaux états est aussi à craindre.

Romanel-s/Lsne, le 9 octobre 2020 – Les récentes décisions des autorités indiennes vont avoir des répercussions directes sur le travail de nombreuses œuvres d’entraide et ONG chrétiennes qui dépendent de dons de l'étranger, et beaucoup craignent pour leur existence. L'amendement à la FCRA (The Foreign Contribution Regulation Act), qui vient d’entrer en vigueur, réglemente le soutien financier et sous d’autres formes des ONG locales par des individus ou des organisations de l'étranger.

"C'est un autre exemple de l’agenda nationaliste et hindouiste des dirigeants actuels. Ils veulent "hindouiser" la nation et la réduire à: une culture (la culture hindoue), une langue (l'hindi) et une religion (l'hindouisme). Cela fait partie de leur tentative de marginaliser les minorités", explique Jan Vermeer, responsable communication de Portes Ouvertes pour l'Asie.

Le rôle majeur des ONG

Avant même que cette loi ne soit renforcée, quelque 20’000 ONG - dont Compassion et Amnesty International – avaient déjà dû fermer leurs bureaux en Inde. Aujourd'hui, la situation s'aggrave. "Les ONG jouent un rôle majeur en Inde. Elles font beaucoup de travail social, soutiennent les pauvres, s'occupent des veuves, donnent un foyer aux orphelins, proposent des cours d'alphabétisation. Mais elles sont très mal perçues par les extrémistes indous, qui les accusent de tirer parti des fonds étrangers qu’elles perçoivent pour  améliorer le quotidien d’hindous en situation de précarité, afin de les encourager à devenir chrétiens. Ce n'est pas le cas, mais c'est l'insinuation courante. Lorsque les ONG ne peuvent plus faire leur travail, les minorités deviennent encore plus vulnérables", explique Jan Vermeer.

En effet, l’application étendue de la FCRA place toutes les activités des ONG directement sous le contrôle du gouvernement. La plupart des organisations et des églises chrétiennes en Inde étant enregistrées en tant qu'ONG, cet amendement touche donc particulièrement les organisations chrétiennes qui travaillent depuis longtemps avec des églises et des organisations internationales.

Compte tenu des conséquences de la situation sanitaire actuelle, les partenaires locaux de Portes Ouvertes sont actuellement confrontés à des défis majeurs. Jusqu'à présent, ils ont pu distribuer de la nourriture et d'autres produits de première nécessité à 14’750 familles chrétiennes nécessiteuses (environ 76’000 personnes) en Inde. Le dernier décret risque de rendre leur travail encore plus difficile.

D'autres lois anti-conversion sont prévues

Du point de vue du gouvernement, les fonds étrangers sont utilisés par les organisations chrétiennes pour tromper les gens et les amener à accepter la foi chrétienne de manière frauduleuse - par exemple par la manipulation, des incitations matérielles ou de fausses promesses. Fin septembre, plusieurs ONG ont été dépouillées de leur licence FCRA parce qu'elles avaient des liens avec des églises étrangères et étaient faussement accusées de participer activement à la conversion forcée de populations tribales.

Actuellement, neuf États appliquent des lois anti-conversion ; par ordre chronologique : Odisha (depuis 1967), Madhya Pradesh (1968), Arunachal Pradesh (1978), Chhattisgarh (2000), Gujarat (2003), Himachal Pradesh (2006), Jharkhand (2017), et Uttarakhand (2018) et Himachal Pradesh (2019). En Uttar Pradesh, l'introduction d'une telle loi est également prévue.

Les lois anti-conversion pourraient devenir des lois fédérales

"Nous craignons que les lois anti-conversions ne deviennent fédérales dès que le BJP aura suffisamment de pouvoir dans le pays et surtout au Sénat", explique Jan Vermeer.

Depuis l'entrée en fonction du Premier ministre Modi en 2014, l'idéologie des nationalistes hindous a massivement gagné en importance. Ses défenseurs luttent contre l'influence des religions non hindoues à tous les niveaux de la société. Outre l'augmentation significative des attaques violentes contre les chrétiens et les communautés chrétiennes par des hindous extrémistes, les fonctionnaires et les autorités ont également contribué à la discrimination croissante à l’encontre des chrétiens.

"Actuellement, en pleine pandémie de Covid 19, les chrétiens sont privés de nourriture et d'autres aides. Nombre d'entre eux - en particulier dans les zones rurales - sont vulnérables au boycott social, aux déplacements et à la violence. Les menaces physiques vont des insultes aux coups, en passant par le viol, l'enlèvement, la torture, l'humiliation et le meurtre".

L'Inde se classe au 10e rang de l’Index Mondial de persécution 2020 de Portes Ouvertes, qui liste les pays où les chrétiens sont le plus persécutés pour leur foi.