05.11.2020 /
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AFRIQUE: Aider les veuves pendant la pandémie

La persécution violente s’est poursuivie dans plusieurs pays d’Afrique malgré les confinements liés au Covid-19, en particulier au Nigeria, où les attaques continuent d’augmenter. Les restrictions dues à la pandémie ont même aggravé les effets des violences. Les chrétiens sont souvent discriminés par les autorités et se retrouvent « derniers de la file » pour les aides étatiques. Les moyens de subsistance des personnes les plus vulnérables, comme les veuves, sont plus que jamais menacés.

Nigeria: « Je mets ma confiance en Dieu seul »

Rose et son mari, le pasteur Matthew, vivaient à Nbra Zongo, dans l’État du Plateau. Ils avaient été transférés dans cette communauté agricole éloignée peu après que Matthew ait terminé sa formation théologique. La région est constamment attaquée par des combattants peuls (voir encadré). Une de ces attaques a fait basculer la vie de Rose.

Rose et Matthew avaient déjà deux enfants, Esther et Joy. Rose était enceinte du troisième et avait rendez-vous pour un examen prénatal le 7 avril. En prenant congé de son mari, elle ne savait pas que c’était la dernière fois qu’elle le voyait vivant.

Ce soir-là, Matthew et le secrétaire de l’église ont fait leur ronde de surveillance pour guetter les signes d’une attaque imminente. Sur le chemin du retour, Matthew a été tué par balle.

Rose était encore en chemin quand son frère lui a apporté la tragique nouvelle.
À son arrivée le lendemain matin, elle était en état de choc, mais a tout de même demandé à voir le corps de Matthew.

« Mon mari était là, mort, la tombe était déjà creusée... En attendant qu’on apporte le cercueil, j’ai rassemblé mon courage et je l’ai pris dans mes bras. Je lui ai murmuré une prière avant de devoir partir. J’ai serré mes filles contre moi et pleuré. »

Un malheur supplémentaire

La vie peut être extrêmement dure pour les veuves au Nigeria. Bien qu’il soit de tradition que la famille du mari décédé s’occupe de la veuve et des enfants, cela n’est souvent pas le cas. C’est ce qui est arrivé à Rose. La famille s’est même approprié la plupart de leurs biens, laissant Rose et ses enfants les mains vides.

C’est justement à ce moment que les autorités nigérianes ont annoncé le confinement pour enrayer la pandémie de Covid. La survie est devenue encore plus difficile pour Rose et ses deux filles.

« Nous n’avions plus d’argent pour acheter à manger. Nous ne pouvions rien échanger non plus contre de l’argent, car les marchés étaient fermés. Je n’avais pas la force de travailler ou de nourrir mes enfants. J’ai mis ma confiance en Dieu seul. Et aujourd’hui nous vivons. C’est un miracle. »

Persécutés, mais pas abandonnés

Les communautés chrétiennes du nord du Nigeria sont habituées à la persécution et à la prise en charge des nombreuses veuves. Mais les problèmes apportés par la pandémie de Covid-19 sont d’une ampleur sans précédent. En raison du confinement, l’Église n’a plus de revenus et il lui devient difficile d’aider les personnes nécessiteuses. De plus, dans les régions où le gouvernement apporte une aide, les chrétiens sont souvent les « derniers de la file » ou ne reçoivent rien du tout.

Une nouvelle vie, un nouvel espoir

Peu après notre visite, Rose nous a annoncé la naissance de son bébé, une troisième fille. L’équipe a rapidement préparé un colis d’aide et est retournée la voir.

« Je n’aurais jamais pensé recevoir de tels cadeaux, mais aujourd’hui, ma foi en Jésus a été renforcée. Vraiment, Celui qui veille sur les veuves ne dort pas et ne sommeille pas. » /

Éthiopie: Abebu : « Priez Dieu de m’aider à nouveau aujourd’hui »

Abebu (photo) est une amie de longue date de Portes Ouvertes. Nous sommes en lien étroit avec elle en Éthiopie depuis que son mari et père de ses huit enfants a été assassiné pour sa foi en Jésus en 2013.  

« Je ne savais pas que j’avais une famille aimante qui se souciait de nous », avait dit Abebu à l’époque, pleine de gratitude pour tout le soutien reçu après la mort de son mari.

Abebu était enceinte de son huitième enfant lorsque son mari Reta a été abattu par un homme de sa connaissance parce qu’il était devenu chrétien. Même de sa prison, cet homme influent a continué à menacer Abebu et son pasteur.

Depuis son veuvage, Abebu doit lutter sans relâche pour nourrir sa famille. Au début, Portes Ouvertes lui a fourni des semences et des engrais afin qu’elle puisse contribuer à l’agriculture communautaire. Plus tard, avec son église, il a été décidé de faire venir la famille en ville, où elle serait en sécurité. La famille a également suivi plusieurs programmes de gestion des traumatismes.

Mais Abebu a développé ensuite une maladie des yeux. Portes Ouvertes a payé un traitement médical qui a partiellement restauré sa vue. Cela lui a permis de continuer à travailler et à entretenir sa famille.

Cependant, avec la propagation du Covid-19 en Éthiopie, la famille a épuisé tout son argent et ne peut rien faire d’autre que rester à la maison. Les écoles sont fermées. Les enfants, qui vivaient normalement en internat, sont maintenant tous à la maison. Il est très difficile de les nourrir tous. En plus : « Actuellement, toutes les églises sont fermées et sans ressources. Notre Église ne peut donc pas nous aider par de la nourriture. »

Abebu nous demande de prier pour elle : « S’il vous plaît, priez pour que le Dieu qui m’a aidée hier m’aide encore aujourd’hui. Nous avons vraiment besoin de vos prières ! » /

Kenya: Aide pour Maggie et Aisha

Le Kenya est un pays à majorité chrétienne. Néanmoins, de nombreux chrétiens du nord-est et de la zone côtière vivent sous la menace constante du groupe terroriste somalien Shebab. En plus des attaques transfrontalières occasionnelles, les vues extrémistes des djihadistes sont maintenant bien ancrées chez de nombreux musulmans locaux.

2014 a été l’une des années les plus difficiles pour les chrétiens de la région côtière du Kenya. En juin et en juillet, les milices Shebab ont tué 118 personnes, pour la plupart chrétiennes, dans les districts de Mpeketoni, Lamu, Tana River et Mombasa.

Portes Ouvertes a accompagné certaines des femmes devenues veuves lors de ces attaques cruelles, en leur fournissant un accompagnement post-traumatique et en les aidant à gagner leur vie. Mais à cause du Covid-19, l’économie est paralysée et ces femmes ont dû fermer leurs entreprises et luttent à nouveau pour subvenir aux besoins de leur famille.

« Vous m’avez de nouveau aidée ! »

Le mari et le fils de Maggie (photo) ont été tués lors de l’attaque de Mpetekoni, sous les yeux de Maggie et de sa fille qui n’ont rien pu faire. « Après la perte de mon mari et de mon fils, vous m’avez réconfortée et encouragée et m’avez appris à gérer une entreprise », dit Maggie. Elle a ouvert un petit magasin d’alimentation.

Mais à cause des restrictions liées au Covid-19, elle a dû fermer. Heureusement, Maggie est une des bénéficiaires de l’aide d’urgence Covid-19 de Portes ­Ouvertes. « Vous êtes de nouveau accourus à mon aide. Merci pour la bénédiction et l’amour que vous nous avez donnés. »

« Fais confiance au Seigneur »

Au Kenya, beaucoup de nouveaux chrétiens d’origine musulmane ont également besoin d’une aide urgente. Pour Aisha*, une ancienne musulmane, il est très difficile de subvenir aux besoins de sa famille :

« Des voisins musulmans ont dit à mes enfants :  ‹ Vous, les infidèles, vous avez besoin d’Allah. › À vrai dire, j’ai même été tentée de retourner à l’islam juste pour pouvoir manger. Mais une de mes filles m’a dit : ‹ Maman, fais confiance au Seigneur ›. Et heureusement, c’est ce que j’ai fait. Nous sommes très heureux de cette nourriture. Elle est arrivée juste au bon moment. Merci beaucoup ! »

Plus de 15'000 familles de veuves comme Rose et Abebu, des chrétiens d’origine musulmane, des pasteurs et des auxiliaires pastoraux dans toute l’Afrique ont un besoin urgent d’aide. Rien qu’au Nigeria, Portes Ouvertes a identifié plus de 9000 familles qui ne savent pas d’où viendra leur prochain repas.

Merci beaucoup de votre soutien. Continuons à prier pour que les croyants soient protégés et que nos équipes atteignent ceux qui ont le plus besoin d’aide. /

Tiré du magazine de novembre 2020