Communiqué de presse Myanmar | 10 mai 2019
Myanmar: quand la persécution devient un trafic d'êtres humains

Au Myanmar, la persécution prend une allure de trafic d'êtres humains. Des femmes de l'ethnie chrétienne Kachin sont vendues à des «maris» en Chine pour faire des bébés.

 

 
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Au Myanmar, la persécution prend une allure de trafic d'êtres humains. Des femmes de l'ethnie chrétienne Kachin sont vendues à des «maris» en Chine pour faire des bébés.

Au Myanmar, 37 femmes de l'ethnie Kachin du Nord du pays sont revenues de Chine après avoir été forcées à mettre au monde des enfants. Après trois années de recherches, leurs récits ont été regroupés dans un rapport de l'ONG Human Rights Watch publié le 21 mars.

Attirées en Chine par des recruteurs

Les Kachins ont été, au cours des années, déplacés par la guerre civile et la répression militaire. Ils sont des dizaines de milliers à vivre dans des camps de réfugiés le long de la frontière entre le Myanmar et la Chine. Ils constituent une minorité ethnique pauvre et mise de côté. Majoritairement chrétiens, les Kachins sont baptistes et catholiques. C'est l'une des premières raisons qui explique leur persécution.

Les jeunes femmes de cette ethnie sont prises pour cible dans un trafic d'êtres humains. Pour tenter de subvenir aux besoins de leurs familles démunies, elles sont attirées en Chine par des recruteurs qui leur promettent des emplois. Lorsqu'elles arrivent, elles peuvent être vendues à des Chinois qui espèrent fonder une famille mais qui ne trouvent pas de femme. En effet, il existe en Chine une pénurie de femmes entraînée par des millions d'avortements ciblés selon le sexe à cause de la politique de l'enfant unique appliquée de 1979 à 2015.

Les femmes qui reviennent sont rejetées

Souvent, le «mari» chinois les enferme et les viole jusqu'à ce qu'elles soient enceintes. Il arrive qu'elles soient libérées après l'accouchement. Seng Moon témoigne de ce qu'elle a vécu: «Ils ont fermé la porte à clé pendant un ou deux mois... Chaque fois que le Chinois m'apportait à manger, il me violait... Après deux mois, ils m'ont traîné hors de la pièce. Le père du Chinois m'a dit : "Voici ton mari".»

Quand elles arrivent à revenir chez elles, ces femmes subissent un nouveau traumatisme: le rejet de leur communauté et de la société birmane. Elles peuvent être agressées, car jugées «impures», ou sont isolées, méprisées voire violées, alors même qu'elles ont subi des violences sexuelles.

Il est difficile d'estimer le nombre total de femmes et de filles victimes de cette traite. La Commission des Droit de l'Homme du Myanmar a déclaré que 226 femmes en ont été victimes en 2017. Chaque année entre 100 et 200 femmes mariées de force reviennent de Chine. Mais ces chiffres ne représentent probablement qu'une faible part du nombre total de cas.


 

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