21.07.2016 / news

Malaisie: Changement de religion bientôt officiellement impossible?

L'influence grandissante des tribunaux islamiques met le tribunal constitutionnel sous pression
Le 24 mars 2016, la Cour suprême de la Province Sarawak, en Malaisie, a pris une décision historique en accordant à Rooney Rebit, ancien musulman âgé de 41 ans, le droit d'exercer officiellement sa foi chrétienne. Ce verdict fait dès lors jurisprudence et n'est pas passé inaperçu. Ce qui, selon la Constitution malaisienne, devrait être une évidence, a été remis en question le 22 avril dernier par le Département national d'enregistrement (NRD, autorité responsable des papiers d'identités), en faisant appel de la décision. Si le Tribunal de grande instance donne suite au recours, cela équivaudra à une interdiction pour les musulmans de quitter leur religion.

Arrière-plan
Rooney Rebit est né dans une famille chrétienne. Ses parents se sont convertis à l'islam quand il avait huit ans - faisant ainsi de l'islam la nouvelle religion de toute la famille. Or, Rooney a embrassé la foi chrétienne plus tard et s'est fait baptiser en 1999. Lorsqu'un musulman se détourne de l'islam, la pression subie de la part de la famille et des voisins est automatique. A cela s'ajoute un autre défi de taille pour les (anciens) musulmans en Malaisie: la reconnaissance officielle du changement de religion. En effet, un tribunal islamique doit leur fournir un document attestant de ce changement. Etant donné que l'appartenance religieuse est inscrite sur les papiers d'identité et a un impact concret sur nombre de questions de la vie quotidienne, cette reconnaissance revêt une importance capitale.

Systèmes juridiques opposés - les autorités craignent des résistances
Face à la pression croissante des islamistes radicaux, le cas de Rooney Rebit met les instances judiciaires de Malaisie une nouvelle fois devant le pari de faire respecter la liberté religieuse garantie par la Constitution. La juge Yew, qui a prononcé le verdict du 22 avril, a précisément fait valoir ce point en argumentant: "Rebit n'a besoin d'aucun acte établi par un tribunal islamique pour pouvoir quitter l'islam - la liberté religieuse est son droit constitutionnel et lui seul peut l'exercer pour sa propre personne." Selon un connaisseur local du droit constitutionnel, la juge Yew est cependant une exception: "Les juges n'assument pas leur responsabilité de protéger la liberté religieuse garantie par la Constitution. Tous les cas se référant à la religion… sont rejetés par la Cour suprême [de Malaisie]." A titre d'exemple, il cite l'interdiction d'employer le mot arabe 'Allah' en dehors du contexte musulman, une décision confirmée par le Tribunal de grande instance. (Ce terme signifie 'Dieu' et a été utilisé pendant des siècles pour désigner également le Dieu des chrétiens dans la littérature malaise.)
Quant au rôle des tribunaux islamique, un analyste de Portes Ouvertes poursuit: "Selon la Constitution, les tribunaux civils sont évidemment supérieurs aux tribunaux islamiques mais, dans la pratique, c'est souvent l'inverse - en particulier dans les litiges concernant le droit de garde. Et ces décisions sont aussi exécutées  par la police, sans doute par crainte de la réaction des islamistes radicaux."
Moins de 10% de la population malaisienne est chrétienne. La Malaisie occupe actuellement la 30e place sur l'Index mondial de persécution de Portes Ouvertes.

Mai 2016