
4 minutes
Quand Raneen* a commencé à apporter des soins post-traumatiques aux femmes et aux enfants chrétiens de Syrie, elle était loin d’imaginer qu’une bombe exploserait dans une église grecque-orthodoxe juste à côté de ses locaux. Alors, aujourd’hui, en tant que psychologue et thérapeute, elle accompagne les victimes de cette tragédie sur le chemin de leur reconstruction.
«Nous offrons du soutien et des conseils d’un point de vue à la fois psycho-social et spirituel. Nous intégrons des principes chrétiens à des techniques de psychologie»
— explique Raneen.
Les chrétiens victimes de trauma cherchent souvent un sens à ce qui est arrivé, alors l’approche spirituelle leur est précieuse. Raneen en est convaincue, «l’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a envoyée pour guérir ceux qui ont le cœur brisé» (Ésaïe 61:1-3).
Le 22 juin 2025, un attentat suicide a frappé l’église Saint-Élie à Damas, en pleine célébration. L’explosion a laissé des traces profondes dans les corps, mais aussi dans les cœurs. Des familles ont perdu des proches, des enfants ont vu des scènes qu’aucun enfant ne devrait jamais voir.
Aujourd’hui encore, les blessures restent visibles. Sarah, une jeune survivante de l’attaque, a perdu l’usage d’un œil. Deux de ses oncles ainsi qu’une tante ont été tués dans l’explosion. Son père, grièvement blessé à la jambe, lutte toujours pour retrouver une vie normale.
Pour les enfants, Raneen propose des ateliers d’argile. Ils peuvent ainsi, littéralement, malaxer leurs angoisses et extérioriser tout ce qui les rend encore captifs émotionnellement.
Dans les salles de soutien psychologique, le silence des enfants raconte parfois davantage que leurs mots. Assis autour de petites tables, ils manipulent de l’argile colorée sous le regard attentif des thérapeutes. Il n’y a ni éclats de rire, ni agitation enfantine. Seulement des regards graves et des émotions encore enfermées à l’intérieur.
À travers ces ateliers, les thérapeutes apprennent à écouter les traumatismes cachés derrière les silences. Certains enfants expriment leurs peurs en façonnant des personnages blessés ou des formes sombres. D’autres préfèrent simplement observer. Mais semaine après semaine, tous reviennent. «Nous voulons leur offrir un espace sûr», explique Raneen. «Un lieu où ils peuvent commencer à déposer leur douleur.»
Dans une autre pièce, des femmes vêtues de noir terminent leur séance de groupe. Beaucoup portent encore le deuil d’un mari, d’un frère ou d’un enfant perdu lors de l’attentat. Certaines racontent qu’après l’explosion, elles ont cessé de lire la Bible ou de fréquenter l’église. La peur et les questions ont envahi leur foi.
«Quand je suis retournée dans l’église, je regardais autour de moi en me demandant: “Quand vais-je mourir?”», a confié l’une d’elles pendant une séance.
Pour Raneen, ces réactions sont normales. «Après un traumatisme, les gens peuvent ressentir de la colère, de la peur ou des doutes envers Dieu. Mais nous voulons les aider à retrouver l’espérance.»
L’accompagnement proposé mêle écoute psychologique, prière et enseignements bibliques. Cette approche chrétienne permet aux victimes d’aborder non seulement leurs blessures émotionnelles, mais aussi leurs interrogations spirituelles.
«Nous croyons que la vraie guérison se trouve en Jésus-Christ. Même dans les moments les plus sombres, Dieu peut apporter la restauration..»
— Raneen
Les participants peuvent choisir des séances individuelles ou collectives, selon la gravité de leur traumatisme et leur capacité à recevoir de l’aide. Chaque personne avance à son rythme, pas à pas.
Pour les enfants comme pour les adultes, le chemin vers la guérison sera encore long. Mais grâce à ces espaces d’écoute et au soutien des chrétiens du monde entier, une reconstruction intérieure devient possible. Et peu à peu, l’espérance reprend vie.
* nom modifié pour des raisons de sécurité