11.09.2014 /
Chine
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Chine: Matérialisme et persécution

Emplacement

Baptistengemeinde Innsbruck
Josef-Wilberger-Straße 9 6020 Innsbruck
Autriche
47° 16' 39.5364" N, 11° 26' 0.8556" E
AT

Aujourd’hui, la Chine ne figure plus parmi les 20 premiers pays de l’Index mondial de la persécution, mais cela tient surtout au fait que la persécution s’est aggravée dans d’autres pays. D’une année à l’autre, on n’observe pas de grand changement en Chine. Cependant, si l’on fait une comparaison à dix ans d’intervalle, on voit que la situation des chrétiens s’est réellement améliorée. D’après le directeur de Portes Ouvertes Chine, Xiao Yun*, la plus grande menace pour l’Eglise n’est plus la persécution mais le matérialisme. La Chine reste cependant un Etat à parti unique, dans lequel la plupart des Chrétiens ne bénéficient pas pleinement de leurs droits religieux.

Croissance des églises de maison
Le christianisme continue sa croissance très rapide en Chine. D’après des chiffres officiels de 2011, 23 millions de chrétiens font partie du «Mouvement patriotique des trois autonomies» (MPTA), l’Eglise protestante reconnue par l’Etat. A cela s’ajoutent 40 à 50 millions de protestants membres d’églises de maison non enregistrées et 15 à 20 millions de catholiques appartenant à des communautés enregistrées ou non. Certaines sources avancent des chiffres encore beaucoup plus élevés. Portes Ouvertes estime à 80 millions le nombre total des chrétiens en Chine.

Depuis les années 1990, le haut lieu du christianisme en Chine s’est déplacé de certaines régions rurales vers les agglomérations urbaines. L’urbanisation a donné naissance à un nouveau type d’églises de maison. La «troisième Eglise», comme on l’appelle, comprend surtout des chrétiens urbains d’un bon niveau de formation, occupant souvent des postes professionnels élevés. Ces communautés non enregistrées sont confrontées elles aussi à l’arbitraire des autorités. Parmi leurs membres, elles comptent notamment des professeurs d’université, des médecins, des avocats et des membres du Parti communiste. Les Eglises de ce mouvement s’efforcent à une grande ouverture dans leurs célébrations comme dans leurs rapports avec l’Etat, et elles tiennent à s’engager pour répondre aux besoins de la société. Pour éviter l’ingérence de l’Etat, elles limitent l’assistance à leurs célébrations à 200 personnes, même si beaucoup de ces communautés, dans les grandes villes, louent de grands locaux pour leurs rencontres du dimanche. Ce faisant, elles profitent d’un flou juridique sur la question de savoir si de telles communautés ont le droit ou non de posséder des immeubles et de fonctionner indépendamment.

Plus de 450 organisations et groupes ecclésiastiques étrangers sont actifs en Chine actuellement. Les responsables des communautés peuvent prendre part à des conférences à l’étranger et ils demandent souvent de l’aide pour guider leurs membres sur le chemin de Jésus face à l’attrait toujours plus grand du matérialisme. Beaucoup d’employeurs chrétiens commencent la journée par un moment de recueillement avec leurs ouvriers.. Quelques réseaux chrétiens apportent une aide humanitaire. Des librairies chrétiennes surgissent partout dans le pays et des publications chrétiennes sont produites légalement. Pour des millions de chrétiens, même si ce n’est pas pour tous, l’internet permet un accès sans précédent à des prédications, à des traductions de la Bible et même à des prières interactives et à l’accompagnement spirituel.

Le gouvernement montre des volontés de dialogue
D’autre part, des contacts de Portes Ouvertes signalent que des représentants du gouvernement ont mené un dialogue ouvert avec certains responsables d’églises de maison, ce qui donne l’espoir à de nombreux chrétiens que le gouvernement «comprenne enfin que les chrétiens des églises de maison ne sont pas une menace politique pour l’Etat.»
Il y a aussi des indices du fait que le gouvernement cherche des alliés pour lutter contre le vide moral qui se développe en Chine et se manifeste dans le «népotisme capitaliste», la corruption et les inégalités sociales. Il se peut que le gouvernement compte les Eglises chrétiennes parmi ces précieux partenaires potentiels. Pour beaucoup d’observateurs, ce tournant positif dans l’attitude des dirigeants politiques est en rapport avec l’engagement des églises de maison après le tremblement de terre dans la province du Sichuan en mai 2008. Sur le million de volontaires venus de toute la Chine pour prêter main-forte – et dont une partie sont encore sur place – on estime que deux tiers étaient chrétiens.

Chrétiens optimistes pour l’avenir
Sous le gouvernement de Xi Jinping on ne s’attend pas à de grands changements dans la dynamique Eglise-Etat pour les prochaines années. «Tant que nous communiquons avec le gouvernement, il nous laisse en paix», estime un responsable d’une communauté non enregistrée, exprimant un optimisme partagé par beaucoup de ses collègues. «Nous sommes observés de près par les autorités», explique Xiao Yun, «mais les temps de grave oppression sont derrière nous. C’est l’argent qui est devenu le nouveau Mao. Il dicte tous les aspects de la vie. La Bible enseigne d’autres principes: Il est du devoir de l’Eglise de transmettre ces valeurs au peuple chinois.»

Chine: à la recherche des chrétiens les plus persécutés
Neuf Chinois sur dix appartiennent à l’ethnie han. 99% des chrétiens chinois sont des Han. Mais la Chine compte encore 56 autres groupes ethniques – chiffre officiel – subdivisés à leur tour en plus de 400 sous-groupes. Ces dernières décennies, des personnes de ces minorités ethniques sont devenues chrétiennes et elles sont aujourd’hui fortement persécutées.

«Les minorités en Chine se sentent marginalisées», dit Bao Yu*, le coordinateur de Portes Ouvertes pour le ministère auprès des minorités. «Les Chinois Han ont de bien meilleures chances de succès dans la vie. De plus, les minorités désirent préserver leur culture, leur langue et leur religion. Chaque converti représente une grande honte pour la famille, le clan, voire le peuple tout entier.»

«Les chrétiens des minorités sont doublement exposés», ajoute Bao Yu. «La persécution vient de leur environnement social, en premier lieu de la famille. Mais le régime joue aussi un rôle. Il arrive en effet que les autorités ethniques se plaignent auprès des fonctionnaires du gouvernement. Comme ceux-ci ne veulent pas de troubles civils, ils interviennent contre les chrétiens.»

Les recherches de Portes Ouvertes confirment que les chrétiens les plus gravement persécutés sont ceux du Xinjiang et du Tibet.

Xinjiang
La Région autonome du Xinjiang est la patrie des Ouïghours, une minorité musulmane d’origine turque. Ce peuple est divisé en de nombreux clans, qui tiennent beaucoup à conserver leur identité. «Les chrétiens ne peuvent se réunir qu’en petits groupes et en secret», poursuit Bao Yu. «Surtout cette année, car l’administration de la province a annoncé une ‹campagne de stabilité›. Pour rechercher les groupes oppositionnels, les autorités s’efforcent de démasquer les activités clandestines. Ainsi, elles vous téléphonent si elles voient que vous avez vos rideaux tirés en plein jour. Le but est de mettre un terme à toute activité qui, à leurs yeux, pourrait provoquer des troubles sociaux, et ceci inclut les églises de maison.»

Voici un exemple de l’attitude des autorités à l’égard des chrétiens ouïghours. Un homme a trouvé la foi après avoir lu un prospectus d’évangélisation, puis la Bible. Pour tenter de faire connaître l’Evangile à d’autres Ouïghours, il a déposé des imprimés chrétiens dans des lieux publics. La police s’en est aperçue et l’a arrêté. Par chance, il n’avait pas ses papiers d’identité sur lui. Pendant plusieurs jours, il a refusé de répondre aux questions des policiers, qui l’ont finalement relâché. Cet homme cherche toujours à rejoindre un groupe de chrétiens. Mais même les chrétiens ne fréquentent pas des personnes d’autres clans, tant la méfiance est grande.

C’est dans ce même territoire autonome que le responsable ouïghour d’églises de maison Alimjan Yimit a été arrêté le 12 janvier 2008 et condamné en août 2009 à 15 ans de détention. Il avait prétendument été accusé pour «divulgation illégale de secrets d’Etat à des organisations étrangères».

Tibet
Le cas des quelque mille chrétiens tibétains est comparable. Eux aussi risquent d’être chassés ou battus par leur famille et d’être emprisonnés par les autorités. Ils doivent aussi se réunir en secret. Ils sont très dépendants des Chinois Han, qui leur disent comment trouver la foi, comment vivre en chrétiens et comment fonctionne une communauté.

Il y a cependant aussi des différences profondes. La culture tibétaine est très enracinée dans le bouddhisme et dans le bön, la religion populaire du Tibet antérieure au bouddhisme. Les Tibétains invoquent de nombreux dieux et démons. «Souvent, Jésus devient simplement un dieu de plus parmi les autres.», observe Bao Yu.

*Noms d’emprunt.

Février 2013