4 minutes
Emprisonnés à cause de leur foi, des chrétiens yéménites transforment leur détention en occasion d’annoncer l’Évangile. Un témoignage courageux et risqué: prions pour leur protection et leur persévérance.
L’année 2026 a commencé par une sévère vague de répression contre les chrétiens au Yémen, principalement dans le nord du pays, au cours de laquelle plus de 60 croyants ont été enlevés et emprisonnés. Ce fut un coup très dur pour l’Église yéménite: beaucoup de chrétiens sont entrés dans la clandestinité, tandis que d’autres ont été contraints de quitter leur ville pour s’installer dans une autre province afin d’y chercher refuge. Les téléphones ont été éteints pendant des semaines; certains ont même détruit leur propre téléphone afin d’éviter d’être localisés.
Pourtant, nos partenaires nous rapportent que de nombreux chrétiens, bien que surveillés et parfois menacés, se sont sentis encore davantage appelés à annoncer l’Évangile au milieu de tout ce chaos. Un feu nouveau s’est allumé dans leur cœur pour partager davantage leur foi, convaincus que c’était — et que cela demeure — un temps de moisson.
Mahfouz* est un chrétien yéménite qui a purgé une peine de trois ans de prison en raison de sa foi en Jésus. Il s’en souvient:
«Ce furent les années les plus fructueuses de mon ministère, durant lesquelles j’ai partagé l’Évangile avec ceux qui se trouvaient en prison. C’était une occasion qui ne m’aurait jamais été donnée si je n’avais pas été emprisonné.»
«J’ai prié pour qu’ils retardent ma libération de quelques heures, parce que je devais rencontrer l’un des prisonniers à 18 heures ce jour-là et que je voulais lui annoncer la Bonne Nouvelle avant de partir. C’était peut-être sa seule occasion d’entendre parler de Christ», raconte Mahfouz.
À l’intérieur des murs des prisons, beaucoup de frères emprisonnés annoncent la Bonne Nouvelle. Certains chrétiens locaux intercèdent avec foi, afin que des 60 chrétiens emprisonnés en janvier, il en ressorte 600.
Un prisonnier annonce l’Évangile dans son quartier de détention. Son épouse raconte: «Alors que j’étais fouillée à l’entrée de la prison lors d’une visite, le gardien m’a dit que mon mari était devenu célèbre. Il est connu pour être gentil, attentionné et pour parler constamment de Jésus. Il dit ouvertement qu’il est chrétien.» L’épouse a été stupéfaite et a craint que le gardien ne lui interdise l’entrée à cause de cela. Au contraire, celui-ci l’a laissée entrer avec un sourire.
Pour d’autres épouses, la situation est beaucoup plus difficile. Elles doivent s’occuper seules de jeunes enfants tandis que le père, qui est aussi généralement le principal soutien financier de la famille, est absent. En proie à des difficultés financières, ces femmes doivent travailler pour nourrir leurs enfants, prendre soin d’eux et accomplir les innombrables tâches ménagères, tout en essayant d’obtenir une assistance juridique pour leurs maris, toujours injustement emprisonnés.
La situation générale de l’Église demeure très incertaine dans l’ensemble du Yémen. De nombreux prisonniers restent derrière les barreaux malgré les promesses de libération. À ce jour, beaucoup doivent encore comparaître devant le parquet avant que leur dossier ne soit transmis au tribunal, un processus qui prend du temps dans un pays comme le Yémen. La multiplicité des autorités et la présence de groupes extrémistes, dans un contexte dépourvu de véritable système juridique, empêchent les avocats de faire correctement leur travail et de venir en aide à des chrétiens innocents emprisonnés simplement parce qu’ils pratiquent leur foi.
Dans d’autres régions du pays, où les restrictions sont moins sévères, les activités chrétiennes clandestines ont repris, de même que de petites réunions. Les chrétiens s’y retrouvent et intercèdent pour leurs frères emprisonnés, tout en s’enracinant davantage en Christ.
«Même si nous entendons des paroles décourageantes, comme : ‹Ils ne sortiront peut-être jamais›, nous faisons confiance à notre Seigneur et à Ses promesses. Il est le juge suprême et nous savons qu’Il voit», témoigne Samar*, une chrétienne locale.
*Nom modifié pour des raisons de sécurité