05.11.2018 / news

Parcours de chrétiens persécutés: du berceau à la tombe !

Être chrétien dans un pays qui ne respecte pas la liberté d’expression religieuse s’accompagne, dès la naissance et jusqu’au dernier souffle, de pressions et persécutions expérimentées de manières très diverses selon le contexte. L’organisation « Portes Ouvertes », active depuis plus de 60 ans dans les pays concernés, propose une synthèse autour de la question des parcours de chrétiens persécutés.

215 millions de chrétiens sont actuellement persécutés dans le monde. Cette persécution ne s’exprime pas toujours de manière sanglante. Mais des formes subtiles de violence accompagnent par contre chaque étape de la vie.

Naissance et enfance : quand les chrétiens ne naissent ni ne grandissent libres et égaux en droit

Dans beaucoup de pays de l’Index Mondial de Persécution, l’affiliation religieuse est inscrite sur les papiers d’identité dès la naissance, et il est presque impossible de la changer ultérieurement. C’est le cas en Égypte. La mention d’une religion minoritaire sur des documents officiels amène souvent des complications voire une forme de persécution administrative. Certains pays, telles les Maldives, maintiennent dans leur Constitution que les immigrants ne peuvent être naturalisés que s'ils sont musulmans (ch. 1, paragraphe 9 : http://www.majlis.gov.mv/en/wp-content/uploads/Constitution-english.pdf). De plus, seul un sunnite peut accéder à un poste de parlementaire (ch. 3, p. 73), de président (ch.4, p.109), de membre du cabinet (ch. 5, p.130) ou de juge (ch. 6, p.149).

Ces pratiques contreviennent aux principes de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, qui stipule : «tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits» et «chaque individu a le droit de changer de religion ou de conviction».

À l’adolescence, l’impossible ascension sociale et l’angoisse du kidnapping

La discrimination se poursuit à l’école et dans les lieux de formation. De jeunes chrétiens turques ou kazakhs rapportent qu’à moins de cacher leur foi, l’accès aux hautes fonctions publiques leur est refusé. Cette pratique s’inscrit dans une logique de paupérisation des minorités religieuses, qui passe notamment par l’accroissement des frais d’inscriptions de ces étudiants contraints au redoublement de manière systématique.

Mais la grande angoisse du quotidien pour des milliers d’adolescentes chrétiennes, c’est de se faire enlever. Il s’agit d’une pratique dramatiquement courante dans certains pays, notamment l'Egypte. Les motivations mêlent des éléments culturels (tradition de l’enlèvement «amoureux») et religieux (idée de «gagner» une chrétienne à une autre foi via le mariage forcé - les futurs enfants héritant automatiquement de la religion paternelle). Les kidnappings impliquent souvent des violences sexuelles. Les effets sont traumatisants pour les jeunes filles mais aussi pour leurs familles et pour toute la communauté chrétienne, brisant les liens sociaux.

Exemple du Pakistan : on estime que près de 700 jeunes filles chrétiennes sont enlevées et mariées de force à des musulmans chaque année.

A l’âge adulte, mariage forcé, violences conjugales ou divorce : quand le conjoint n’accepte pas la foi de l’autre

Beaucoup de femmes ayant quitté la foi majoritaire de leur communauté pour adhérer au christianisme se trouvent chaque année mariées de force, généralement à un pratiquant très actif de la religion familiale. Dans le cas où une personne se convertit à la foi chrétienne après s’être mariée, la réaction du conjoint peut s’avérer radicale voire violente.

En Somalie, Afghanistan, au Pakistan et en Irak, le risque d’être enlevé ou soumis à un mariage forcé en cas de conversion à une religion minoritaire sont fréquents pour les femmes. En Somalie, en Afghanistan et dans certaines régions du Pakistan, si une femme est suspectée de s’être convertie au christianisme, elle sera punie en étant mariée de force à un musulman. Au Pakistan, les jeunes chrétiennes sont enlevées, violées, mariées et converties de force. On estime que cela arrive chaque jour à deux jeunes filles. En Irak, les jeunes chrétiennes sont particulièrement vulnérables aux enlèvements et trafics humains.

Un univers professionnel à deux vitesses

Pour beaucoup de chrétiens dans les pays de l’Index Mondial de Persécution, nourrir sa famille reste un défi quotidien. En effet, un phénomène de discrimination dans le monde du travail paupérise la minorité chrétienne de manière systématique (en particulier dans les pays où l’affiliation religieuse figure sur les papiers d’identité), aggravant sa vulnérabilité. Cette forme de discrimination peut s’étendre à l’accès aux soins et aux services publics : détournement des canalisations (Inde), accès interdit au puits de la communauté (Bangladesh), etc.

Exemples en Égypte : des chrétiens égyptiens rapportent comment ils sont touchés par cette forme de persécution : refus de promotion dans le secteur public en raison de sa foi ; affiche dans un des établissements d’une chaîne de sandwicherie indiquant «on ne recrute pas les chrétiens» ; boycott des échoppes des chrétiens sur les marchés, etc.

Exemple au Pakistan : en 2017, Irfan Masih, un chrétien de 35 ans, est mort à l’hôpital d’Umar Kot parce que trois médecins ont refusé de le soigner. L’homme, intoxiqué alors qu’il curait des égouts, n’a pas été pris en charge parce qu’il était sale, qu’il était chrétien (de caste inférieure) et que c’était la période du ramadan.

Vieillir puis mourir sans pouvoir être enterré

Dans la plupart des cultures extra-occidentales, le respect des anciens est une valeur traditionnelle et fondamentale. Cette considération exclu les vieillards issus des minorités chrétiennes, dans les pays dans lesquels ils sont persécutés. Parfois, de jeunes membres d’une même famille vont jusqu’à tuer leurs aînés.

Exemple en Inde : fin 2016, dans le village de Dokawaya, une femme chrétienne de 55 ans a été mise à nu, battue à mort puis brûlée par son fils et sa belle-fille, des hindous radicaux.

Exemple au Turkménistan : Lors d’une descente dans une église de maison au Nord du pays, des policiers ont fait sortir un chrétien de 77 ans en le saisissant par le col de son vêtement pour le ridiculiser devant sa famille. Sa femme, âgée de 68 ans, a, quant à elle, été battue jusqu’au sang.

Dans les régions du monde dans lesquelles ils sont discriminés, les chrétiens éprouvent aussi des difficultés autour des funérailles des membres de leur communauté. Il arrive que l’acte d’enterrer les leurs soit purement et simplement interdit. Les pays dans lesquels les problèmes rencontrés sont le plus aigus sont l’Afghanistan, le Bhoutan, la Libye, les Maldives, le Népal, la Corée du Nord, la Somalie et le Yémen. Ces derniers mois en Égypte, la communauté copte a aussi été confrontée à de telles difficultés. 

La persécution «poursuit» donc le défunt jusque dans la tombe : la question des rites pour l’enterrement d’un converti au christianisme issu d’un autre arrière-plan religieux divise profondément les familles et les communautés. À la douleur d’avoir perdu un être cher s’ajoute une série de complications liées aux funérailles. En Azerbaïdjan, les autorités locales refusent parfois de reconnaître le décès d’un converti, bloquant ainsi les procédures liées à l’héritage. Les Népalais sont contraints de procéder à des enterrements secrets en forêt. C’est parfois la parenté du défunt qui va refuser d’accueillir le corps dans leur village ou qui va sommer le conjoint de renier sa foi, considérant que sinon cela entacherait leur honneur. Une situation douloureuse, pérennisée par l'entrée en vigueur de lois anti-conversion cet été au Népal.

Exemple au Bhoutan : il est très difficile pour les chrétiens qui viennent d’un arrière-plan bouddhiste d’organiser un enterrement selon les rites chrétiens car le christianisme n’est pas reconnu dans le pays. Les enterrements se font souvent la nuit, dans des endroits retirés, et en secret. Les chrétiens bhoutanais préfèrent même aller enterrer leurs morts en Inde voisine.

Exemple au Tadjikistan : En juin 2018, un père de famille converti au christianisme s’est heurté aux religieux locaux qui ont refusé de le laisser enterrer son épouse au cimetière, alléguant que l’épouse décédée et son mari étaient des « traîtres à l’islam ».