14.02.2020 /
Pakistan
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Pakistan: 40 chrétiens innocents libérés de prison

Faussement accusés de meurtre, 40 chrétiens pakistanais viennent d'être acquittés après cinq ans de prison.

Ces cinq années passées en prison ont été un cauchemar pour ce groupe de 42 chrétiens condamnés pour meurtre au Pakistan. Deux d’entre eux sont morts en détention, faute de soins. Le 29 janvier dernier, la Haute Cour de Lahore a prononcé son verdict: acquittés! Cette liberté retrouvée marque aussi le début d’une autre conquête: celle de la reconnaissance en tant que citoyens à part entière. L'un d'eux déclare: «Nous pensons à nos deux frères décédés en prison. Leur mort a agi comme un catalyseur, elle a déclenché le pas vers des actions concrètes et la justice. Sans eux, notre libération n’aurait pas eu lieu.»

En 2015, les chrétiens de Yohanabad, un quartier chrétien de Lahore, avaient été en colère au lendemain des deux attentats suicides contre leurs églises (17 morts et 80 blessés), mettant en cause l’inaction de la police locale à protéger ces lieux de culte. Cette colère s'était répandue de façon incontrôlable, provoquant des émeutes où deux musulmans suspectés d’être impliqués dans ces attaques avaient été tués par la foule. Les médias pakistanais se sont emparés de la nouvelle et ont attisé l’animosité envers la communauté chrétienne. C’est dans ce contexte que les 42 chrétiens avaient été arrêtés et jugés pour meurtre.

Pendant leur détention, ces chrétiens ont dû conclure un accord financier avec les familles des deux victimes pour lever toute objection à leur acquittement. Selon la loi pakistanaise, c’est une étape incontournable avant de permettre à la justice de se prononcer. 

En mai 2017, il est apparu que le procureur adjoint avait dit aux 40 chrétiens qu'ils seraient libérés s'ils se convertissaient à l'islam. Il a ensuite été reconnu coupable de prosélytisme et suspendu. L’affaire avait provoqué des remous dans l’appareil gouvernemental. «Aujourd’hui, alors que nous rendons grâce à Dieu, nous ne pouvons pas oublier les réalités brutales que nous avons vécues. Le chemin vers la guérison physique, émotionnelle et spirituelle qui nous attend est long», reconnaît un chrétien libéré. «Priez pour que les bonnes personnes soient placées à nos côtés.»

En mai 2018 déjà, le sénateur Farhatullah Babar avait soulevé l’affaire en demandant l’abandon des accusations de terrorisme contre les chrétiens arrêtés: «Il y a trois ans, deux églises ont été visées à Yohanabad, entraînant la mort de nombreux citoyens chrétiens. Les habitants de la région ont organisé des manifestations pour condamner la mort de leurs concitoyens, comme c'est leur droit. Or, ces personnes croupissent en prison!» Par la suite, la commission spéciale du Sénat pakistanais sur les droits de l'homme avait déclaré que «les accusations de terrorisme contre les chrétiens arrêtés devraient être abandonnées et qu'ils devraient être jugés par des tribunaux civils». Entre temps, l’impact médiatique autour de la libération d’Asia Bibi a certainement influencé l’attitude des autorités. Un haut fonctionnaire a même déclaré: «Nous sommes tous prêts à mettre fin à la mentalité extrémiste et à diriger le pays vers une société tolérante et modérée.»

Un écho positif pour les chrétiens pakistanais, traités comme des citoyens de seconde classe? «Nous aimerions que le gouvernement accorde aux chrétiens la place et le droit qui leur reviennent», espèrent-ils.