20.08.2019 / news

L’ONU officialise un jour de commémoration en faveur des victimes d’actes de violences à caractère religieux

Romanel-s/Lsne, le 20 août 2019 - En mai, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution désignant le 22 août « Journée internationale de commémoration des victimes d'actes de violences fondés sur la religion ou la conviction ». Première journée dédiée exclusivement à la violence à caractère religieux, elle a pour but de donner de la visibilité à un phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur.

Analyse des conflits sociaux et pressions gouvernementales

Les dernières recherches américaines, menées par le Pew Research Center (portant sur l’année 2016) révèlent de « très graves » conflits sociaux à caractère religieux dans les 5 pays suivants : l'Inde, la Syrie, l'Irak, l'Égypte et le Nigeria.

D’autre part, le Centre de Recherche indépendant de Washington fait ressortir une liste de pays dans lesquels le gouvernement fait pression de manière « très importante » sur certaines catégories de populations en fonction de leurs croyances ou religions. En tête de liste se trouvent la Chine, l'Iran, l'Indonésie, la Malaisie et les Maldives.

Aucun acte de violence n’est acceptable !

Le fait que la journée du 22 août mette l’accent sur les actes de violence perpétrés pour des motifs religieux vise à envoyer un message très clair :  aucun acte de violence n'est acceptable, qu'il s'agisse d'un incident isolé ou d'actes de violence systématiques et commis à large échelle.

Ewelina Ochab, qui a dirigé le processus de reconnaissance de cette journée, a déclaré : « Il faut féliciter la Pologne et les autres États d'avoir reconnu la question de la violence fondée sur la religion ou la conviction comme un problème contemporain qui ne doit pas être négligé... Nous en sommes redevables auprès des victimes passées et présentes de ces violences, ainsi qu’aux générations futures ».

Les chrétiens sont les plus touchés

Philippe Fonjallaz, directeur de Portes Ouvertes Suisse, se félicite de la décision de l'ONU de mettre à part le 22 août pour se souvenir de ceux qui subissent de la violence en raison de leurs croyances religieuses. « Nous nous tenons aux côtés de ceux dont la vie a été tragiquement touchée par la violence, simplement parce qu'ils sont de la «mauvaise» religion ou refusent de renier leur foi », a-t-il déclaré. « Même si cette déclaration ne dénonce pas tous les aspects de la persécution religieuse, mais uniquement les cas de violence, cela donne espoir que la communauté internationale ouvre les yeux sur un phénomène qui s’aggrave d’année en année à l’échelle mondiale. »

Ce sont les chrétiens qui concentrent le plus d'hostilités à leur égard, un point souligné par le récent rapport indépendant commandé par le ministre britannique des Affaires étrangères, Jérémy Hunt.

Portes Ouvertes, qui publie chaque année un Index Mondial de Persécution qui recense les 50 pays où la situation est la plus difficile pour les chrétiens, relève dans l’édition 2019 que plus de 4’100 chrétiens ont été tués pour des raisons religieuses entre novembre 2017 et octobre 2018 dans les 50 pays analysés, dont 3’700 uniquement dans le nord et le centre du Nigeria.

A Pâques, au Sri Lanka, les attaques contre trois églises ont tué plus de 250 personnes; 176 enfants ont perdu un ou leurs deux parents; certaines familles ont perdu tous leurs enfants. Au début de cette année, un attentat a tué 20 personnes dans une église du sud des Philippines. En Indonésie en 2018, des kamikazes ont attaqué trois églises en une seule journée.

L’histoire d’Esther, victime des violences de Boko Haram

Boko Haram, mouvement islamiste extrémiste, s’est déployé dans le nord-est du Nigéria depuis dix ans. Esther (prénom d’emprunt) est une survivante de leur violence. Son histoire est malheureusement symptomatique de ce qui se passe encore aujourd’hui au Nigéria et dans plusieurs autres pays du monde.

En 2014, cette jeune fille de 16 ans habite au sud de Borno. Elle fréquente l'école, tout en s'occupant de son père veuf.

Un jour, Boko Haram encercle leur maison. Lorsqu'elle est enlevée, la dernière chose qu'elle voit, c'est son père, laissé pour mort sur le sol. Les rebelles l'emmènent (ainsi que d'autres filles) dans leur cachette de la forêt de Sambisa et tentent par toutes sortes de moyens de la faire renoncer à sa foi chrétienne pour l'Islam - d'abord en lui offrant des privilèges, puis en la menaçant et l'intimidant. De nombreux hommes parmi ses ravisseurs veulent l’épouser, mais elle ne cède pas. « Je ne peux pas compter combien d'hommes m'ont violée », raconte-t-elle.  « Chaque fois qu'ils revenaient de leurs attaques, ils nous violaient, nous souillaient. Chaque jour qui passait, je me détestais de plus en plus. Je sentais que Dieu m'avait abandonné. Parfois, j'étais tellement en colère contre lui... Mais ils n'arrivaient tout de même pas à me faire renoncer à ma foi. »

Finalement, Esther est mariée de force à un combattant qui a déjà trois femmes. Quand elle tombe enceinte, elle « n'a aucune idée de la façon dont elle pourra aimer cet enfant ». Fin 2016, les quatre épouses s’échappent après la mort de leur mari.  Après trois jours, l'armée nigériane les retrouve et les ramène chez elles.

Grâce à un soutien professionnel en accompagnement post-traumatique, Esther termine actuellement des études en sport au collège de Maiduguri et s’occupe de sa fille Rebecca.