04.10.2021 / news

LAOS: Libérés de la drogue pour servir Jésus

Harcelés, marginalisés, emprisonnés – tel est le sort de ceux qui choisissent une vie nouvelle avec Jésus dans les tribus du Laos. C’est aussi ce qui est arrivé à trois chrétiens de la tribu Akha, dans le nord du pays. Une équipe de Portes Ouvertes leur a rendu visite.

Nous roulons à moto depuis deux heures. L’ascension dans les montagnes du nord du Laos commence. Nous ne sommes pas loin du tristement célèbre Triangle d’Or, une des plus grandes zones de culture de l’opium au monde, à la frontière de la Thaïlande, du Laos et du Myanmar.


Kinder des Akha-Stammes

Tandis que nous cahotons sur les routes non goudronnées, la brume matinale fait place peu à peu à une fumée épaisse et sombre et à l’odeur des arbres brûlés. Nous approchons d’un village des montagnards Akha, une minorité ethnique originaire de Chine, connue pour son agriculture sur brûlis. C’est ici que vivent trois chrétiens qui ont été emprisonnés l’année dernière à cause de leur passion pour Jésus.

Les collines environnantes paraissent sans vie. Le village ignore les technologies modernes et a peu de contacts extérieurs. Personne ne semble se soucier de son existence ni du bien-être de ses habitants.

Des figures et des symboles faits de bâtons et de paille ornent le village. Ils sont censés protéger les habitants des mauvais esprits. Les Akha sont animistes et croient que les esprits ou les divinités peuvent posséder les vivants aussi bien que les objets inanimés. Ils vénèrent leurs ancêtres et croient être guidés par les morts. Ils récitent leurs généalogies sur plus de 60 générations et se souviennent même des routes de migration de leurs ancêtres. Mais quiconque se détourne des croyances traditionnelles est considéré comme un traître, fauteur de désunion dans la tribu.


Saengchan

« Visités pour la première fois »

À notre arrivée, des enfants nous entourent, des villageois curieux passent la tête par les portes et les fenêtres. Nous nous dirigeons vers la maison de Saeng­chan* (photo). Il est l’un des trois chrétiens libérés de prison en novembre 2020, après avoir passé plus de trois mois derrière les barreaux à cause de leur foi.

La maison de Saengchan sert aussi d’église. Une foule d’hommes, de femmes et d’enfants nous accueille – ce sont quelques-unes des 13 familles chrétiennes du village.

Pour ne pas trop éveiller l’attention, nous ne pensions rencontrer que les familles des trois hommes récemment libérés. Mais la maison se remplit de plus en plus jusqu’à contenir une cinquantaine de personnes. Les chuchotements et les rires étouffés font rapidement place à une tension palpable.

« Pour beaucoup d’entre nous, c’est la première fois que des frères et sœurs dans la foi viennent nous voir », dit Saengchan. Il est rempli de joie et ne semble pas se soucier des conséquences possibles de notre rassemblement.

Auparavant, Saengchan était fortement dépendant de la drogue et ne pouvait plus se lever le matin sans opium. Il a compris qu’il avait besoin de « quelqu’un » pour donner un sens à sa vie. Ayant déjà entendu parler de Jésus, il a décidé il y a quelques années de lui faire entière confiance.

Guéris et transformés

Sombaht et Sithat sont également présents. Ils étaient en prison avec Saengchan. Sombaht, devenu chrétien en avril 2019, raconte : « Dans notre village, il y avait des coordinateurs bénévoles qui s’occupaient des toxicomanes. Ils nous proposaient diverses activités ou occupations, dont l’une était d’écouter l’Évangile. On pouvait aussi s’inscrire pour une cure de désintoxication d’un an dans la capitale. »

Sombaht et Saengchan en ont profité et sont revenus guéris et transformés. Grâce à leur témoignage, de nombreuses personnes ont trouvé la foi en Jésus. Les deux hommes ont continué à prêcher l’Évangile et ont fondé dix églises de maison dans différents villages.

Quand les autorités ont vu comment l’Église se développait, elles ont arrêté Saengchan, Sombaht et Sithat. C’était aussi une façon d’intimider la population pour l’empêcher de croire en Jésus.


Die Söhne von Saengchan und Sombaht

La peur et l’opium

« Les autorités et le chef du village disaient que le christianisme était une religion étrangère. Ils craignaient que nous ne nous rebellions contre le gouvernement. Ils ont dit aussi qu’ils avaient peur parce que nous avions fâché les esprits : cela leur porterait malheur que nous soyons devenus chrétiens. Mais nous savons qu’ils nous mettaient en prison pour une autre raison encore.

Dans notre village, on cultive l’opium, par champs entiers. Cela rapporte beaucoup. Les autorités locales le savent, et elles ne font rien là-contre. L’opium est même devenu la monnaie locale en plus de la devise laotienne.

Le chamane local est payé en opium pour guérir les gens. Il est courant d’en offrir en cadeau lors des fêtes ou en offrande dans les cérémonies. La plupart des gens du village en consomment – y ­compris les enfants, les jeunes, les personnes âgées. Il en a toujours été ainsi. Mais les chrétiens ne se droguent plus. C’est pourquoi ils sont haïs, harcelés et ostracisés. »

« Notre foi est devenue plus forte »

Malgré les conditions épouvantables en prison, la foi de Saengchan et Sombaht s’y est épanouie.

« Notre foi est devenue plus forte. Nous priions Dieu constamment et recherchions sa présence plus que toute autre chose. Je lui ai fait plus confiance en prison qu’en liberté. Mon amour pour Dieu a grandi et j’ai vu que j’avais besoin de plus de patience. Dieu m’avait délivré de mes péchés, il allait aussi me délivrer, nous délivrer, de la prison », dit Sombaht.

Les familles des prisonniers ont voulu les visiter, mais n’y ont pas été autorisées. La vie sans eux a été difficile. Leurs épouses ont dû supporter l'exclusion, les moqueries et les agressions des villageois. Tout cela pour la seule raison qu’ils suivaient Jésus.

La femme de Sithat, Paojer*, retient ses larmes en racontant : « Mes voisins n’arrêtaient pas de me dire : ‹ Ton mari ne reviendra pas, il est déjà mort ! › Les gens paraissaient contents qu’il soit en prison. »


Saengchans* Sohn Caija* zeigt seine Zeichnung. So sah das Gefängnis aus, in dem sein Vater eingesperrt war.

Ferme dans la foi

Mais Paojer n’a jamais douté que Dieu était de son côté. Le Dieu qui avait guéri son mari de sa dépendance le sortirait aussi de la prison.

« J’étais confiante qu’un jour mon mari serait libéré. Dieu est grand et puissant, sa puissance est au-dessus de tout, il a le dernier mot en toute chose. Quoi qu’il arrive, je le suivrai toute ma vie. »

Paojer continue à prier pour ses voisins incroyants : « Je suis triste pour nos persécuteurs. Ils croient que ce qu’ils font est juste. Ils nous regardent de haut et nous maudissent. Qu’ils dépensent tant d’énergie à persécuter les chrétiens me fait mal. Je suis triste pour leur vie spirituelle et leur santé. Je prie pour eux. »

Les partenaires locaux de Portes Ouvertes sont restés en contact régulier avec ces familles pendant cette période difficile. Ils ont prié avec elles et leur ont apporté un soutien pratique.

« Je suis tellement reconnaissante pour l’aide que nous avons reçue des autres croyants ici au Laos. Et pour le soutien financier et les encouragements de votre part – nos frères et sœurs en Christ dans le monde entier. »

* Noms d'emprunt

Tiré du magazine d'octobre 2021