09.10.2020 /
Indonésie
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Indonésie: Un autre revers pour la communauté sans église

Depuis cinq ans, une communauté protestante de la province d'Aceh doit célébrer ses cultes sous un abri provisoire. Leur bâtiment a été détruit par des extrémistes islamiques en août 2015, tout comme dix autres églises de la même province.

En 2015, la violence contre les chrétiens et leurs églises a poussé des milliers de personnes à fuir vers la province voisine, Sumatra Nord. Dans la province d'Aceh, l'extrémisme islamique est très répandu; c'est la seule région du pays où la charia est officiellement en vigueur. Alors que l’Église «Gereja Kristen Protestan Pakpak Dairi» à Singkil attend toujours une action judiciaire au sujet de l'incendie criminel, elle a commencé à construire une maison pour les futurs pasteurs.

Le 3 septembre dernier, les autorités ont ordonné l'arrêt des travaux de construction au motif que les conditions pour la construction d'une église n’étaient pas remplies. Le comité de construction de l'église a réagi avec étonnement car il s'agit d'une maison d’habitation qui n’est pas soumise aux mêmes exigences qu’un lieu de culte. L’Église s’est adressée à la Commission nationale des droits de l'homme pour protester contre cette discrimination. Le président du forum chrétien «Aceh Singkil Love Peace» donne une explication possible de la décision: «Les autorités estiment que la maison nuira à l'harmonie interreligieuse et sera susceptible de provoquer des conflits sociaux. Nous avons déjà reçu deux sommations écrites nous ordonnant de stopper la construction, une troisième suivra prochainement. Par la suite, les autorités feront démolir la maison. Quiconque résistera sera vu comme fauteur de troubles et mis en prison.»

Pour obtenir l’autorisation de construire un bâtiment d'église, les signatures de 140 membres de l’Église et de 110 fidèles d'autres religions doivent être présentées. «À un moment donné, la communauté avait bel et bien reçu l'approbation de 110 personnes non chrétiennes», rapporte un contact local. «Mais on leur a dit à la mosquée qu’elles seraient considérées comme des mécréants si elles maintenaient leur accord. De plus, en cas de décès, on ne prierait pas pour elles, les privant ainsi des bénédictions habituelles. Ils ont alors tous retiré leur soutien.»