08.06.2020 /
Egypte
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EGYPTE: 3'000 chrétiens sans église après une démolition illégale

Le 20 mai dernier à Koum Al Farag, en Egypte, les autorités ont démoli une église de 3000 fidèles, établie dans le village depuis 15 ans. Ils ont arrêté les personnes qui protestaient contre cette démolition. Les chrétiens locaux sont tristes et indignés.

« S'il vous plaît, ne nous enlevez pas notre église ! » criaient des femmes chrétiennes de Koum Al Farag, près d’Alexandrie, à la porte de leur église, la veille des festivités de l’Ascension. Le bâtiment qu'elles protégeaient était l'église, vieille de 15 ans, qui dessert les 3000 chrétiens du village. C'était l'endroit où ces chrétiens se sont mariés, où leurs enfants ont été baptisés et où ils ont fait leurs derniers adieux à leurs proches.

L’extension qui crée la tension

A la base des tensions ayant menées à cette destruction, l’ajout de 2 étages supplémentaires au bâtiment existant, pour des salles d'école du dimanche et autres activités de la congrégation, devenue trop nombreuse pour ses murs. « Cette extension nous paraissait légale », explique au téléphone le diacre Bishoy, membre de l'église.  « Mais dès que nous avons commencé les travaux de construction, des musulmans extrémistes nous ont attaqués. Heureusement, cette première attaque a été stoppée par les musulmans modérés de notre village ».

Des représailles, puis l’ordre de démolition

Malheureusement, les extrémistes n'ont pas laissé tomber l’affaire. Lorsque les paroissiens se sont rendus un matin à l'église pour la prière, ils ont vu comment ces derniers avaient illégalement commencé à construire une mosquée sur le terrain agricole juste à côté de leur église. « Nous pensons qu'ils l'ont construite en signe de protestation », dit Bishoy. « Notre village compte déjà quatre mosquées et une autre n'était pas vraiment nécessaire. De plus, ils l'ont construite sans fondations ».

La "solution" que les autorités locales ont trouvée pour régler ces tensions a été aussi brutale qu'incompréhensible. Elles ont ordonné que non seulement la mosquée, mais aussi le bâtiment de l'église, présente depuis 15 ans, soient démolis. « L'avocat de l'église a fait officiellement appel contre cet ordre, mais le maire l'a ignoré, et a dépêché 200 policiers sur les lieux », dit Bishoy.

La congrégation a résisté avec acharnement. Ils se sont tenus devant l'église et ont plaidé pour qu'elle ne soit pas démolie. Ils ont également montré leurs papiers officiels à la police. Cela n'a pas aidé. Au contraire, partage Bishoy : « La police et un extrémiste musulman de notre village qui l’accompagnait, ont insulté notre prêtre et l'ont tellement frappé au visage et à la poitrine qu'il s'est évanoui. Puis ils ont tiré des gaz lacrymogènes sur nous, membres de l'église, et nous ont attaqués physiquement ; ils ont même blessé des femmes et des enfants. Ils ont arrêté 14 membres de l'église, qui n'ont été libérés que le lendemain. Parmi eux, un homme au bras cassé durant l’affrontement, qui n'a reçu aucun traitement médical ».

Démolie brique par brique sous leurs yeux

Les autres membres de l'église n'ont eu d'autre choix que de voir leur église être démolie brique par brique. Bishoy partage ce qu'il a vu : « Ils ont démoli toutes les colonnes de béton des trois étages du bâtiment de l'église. Ils ont démoli l'autel et détruit les livres chrétiens ».  La démolition de l'église a pris six longues heures. Ensuite, le bulldozer a continué sa route jusqu'à la mosquée et n'a abattu qu'un seul de ses murs.

Où les membres de cette église vont-ils se retrouver pour prier, désormais ? Ils ne le savent pas. « C'était la seule église de notre village », dit Bishoy. « L'église la plus proche est à 15 km. C'est trop loin si l'on considère que nous, les Coptes, allons à l'église plusieurs fois par semaine et que la plupart d'entre nous n'a pas les moyens de sortir de son village ».

 

La question de la légalité des églises en Égypte

La destruction de cette église s’inscrit dans un contexte de tensions religieuses. Jusqu’en 2016, en Egypte, les nouveaux lieux de cultes chrétiens peinaient à être légalisés. Depuis l’accession d’Abdel Fattah al-Sissi au pouvoir, le gouvernement a créé un comité, présidé par le premier ministre, chargé de superviser la légalisation des églises chrétiennes. En l’espace de 4 ans, 1638 églises ont ainsi été légalisées. Des milliers d’autres attendent toujours.