08.04.2016 /
Algérie
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Algérie: Lois anti-conversion, quel bilan?

Dix ans après sa promulgation, la loi qui régit le culte non musulman en Algérie est toujours une épée de Damoclès sur la tête des chrétiens algériens.

Officiellement, elle devait réglementer l'exercice des cultes autres que musulmans. Dans les faits, l'ordonnance 06-03 promulguée en février 2006 visait à restreindre les conversions vers le christianisme. Qu'en est-il aujourd'hui?

Mahmoud Haddad, président de l'Eglise Protestante d'Algérie (EPA), constate que non seulement cette loi n'a pas contribué à l'organisation du culte chrétien, mais qu'elle constitue toujours un outil de persécution entre les mains des autorités. «Seules les dispositions pénales ont été appliquées, dans le but de freiner les conversions», déplore-t-il. Et d'ajouter: «C'est une loi injuste à l'égard des chrétiens à qui on veut dénier le droit de partager leurs convictions religieuses! Si ce texte demeure tel quel, ce sera vraiment une épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes.»

Depuis l'entrée en vigueur de la loi en octobre 2006, les autorités algériennes ont déclenché une véritable chasse aux chrétiens.

L'année dernière encore, un chrétien de Mostaganem a passé une semaine en détention pour quatre exemplaires du Nouveau Testament trouvés par la police dans sa voiture (notre Newsmail du 11.12.2015).

En 2010, quatre chrétiens ont été poursuivis en justice pour s'être réunis dans un lieu non autorisé. Autre cas similaire: le jeune chrétien Karim Siaghi a été condamné à cinq ans de prison ferme en 2011 pour «prosélytisme et offense au prophète de l'islam.»

En 2008, le cas d'Habiba Kouider avait été médiatisé. Convertie au christianisme en 2004, elle avait été arrêtée le 29 mars 2008 par des gendarmes à Tiaret (ouest d'Algérie), alors qu'elle était en possession d'une douzaine d'exemplaires de la Bible. Le procureur près le tribunal de Tiaret avait requis contre Habiba trois ans de prison ferme pour «prosélytisme et pratique d'un culte non-musulman sans autorisation». Finalement, et sous la pression de plusieurs ONG et de la communauté internationale, le tribunal avait décidé de surseoir au verdict, en ordonnant un complément d'enquête. Cette affaire est toujours en cours.

«Dans aucune de ces cas, l'accusé n'a dû purger sa peine de prison, grâce aux pressions. Cette loi injuste à l'égard des chrétiens doit être abrogée», affirme Mahmoud Haddad, soutenu par les défenseurs des Droits de l'Homme.

(Photo: Réunion d'une église en Algérie)